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29 janvier 2011

Le roseau plié en deux

Il est, dans l’équipe du président Sarkozy, un ministre qui m’émerveille par son talent de courtisan. Un vrai équilibriste, doublé d’un contorsionniste hors pair. Il est tellement ravi d’être à son poste qu’il fait tout pour s’y maintenir, au risque même de déshonorer sa fonction.

Cette fonction est pourtant à mes yeux la plus élevée, la plus noble d’un gouvernement, celle qui devrait le plus se méfier du bourbier de la politique : j’ai nommé le ministère de la Culture.

On a vu deux hommes au moins l’occuper avec un certain bonheur et ce qui est plus difficile encore, avec une grande efficacité : André Malraux et Jack Lang.

Le premier lança un grand programme de restauration de nos monuments, le second a donné à  toute forme de création artistique un souffle qu’on n’avait pas connu depuis longtemps.

Chacun d’eux avait sa conviction politique, mais elle passait au second plan pour que soit privilégié ce qui a peut-être plus fait pour la grandeur de la France : sa culture. Un patrimoine immense, mêlé à l’histoire, qui rayonne par le monde et qui, comme une source intarissable, se renouvelle indéfiniment.

Monsieur Frédéric Mitterrand n’est pas dans cette disposition d’esprit. Sa préoccupation première est d’agir pour faire en sorte de ne pas déplaire. Il croit faire oublier que c’est du seul fait de son nom qu’il est ministre. Heureusement, si l’on peut dire, il plie comme le roseau ; c’est plus noble que de se coucher, même si ça y ressemble tout de même.

Nous passerons sur son appréciation de l’opinion qu’on se faisait de la dictature de Ben Ali qui lui « paraissait très exagérée » : une occasion perdue de se taire.

La faute est d’avoir rayé de la liste des commémorations le nom de Louis-Ferdinand Céline tout en sachant pertinemment que c’est plus qu’une faute, c’est un déni de culture.

 Monsieur Mitterrand Frédéric n’a pas pris une décision de ministre, mais celle d’un politicien sans courage et sans honneur. Il n’a pas suivi sa raison propre mais a cédé à un lobby, ce que son oncle n’aurait jamais fait.

Tout le monde en convient, Céline est un salaud. Ses pamphlets sur les juifs sont des ordures. Ces écrits là sont immondes. Mais son œuvre, la vraie, celle qu’on trouve dans toutes les bibliothèques, dans tous les rayons des libraires, qu’on étudie dans toutes les universités, le classent selon moi le plus grand écrivain du vingtième siècle. En tout cas il est au niveau d’un Marcel Proust, d’un Albert Camus et de quelques autres ; en plus truculent et plus accessible. Céline est le Rabelais du vingtième siècle. Depuis Rabelais on n’avait rien écrit de si « peuple »  et si profond. Avec une touche de Molière, ses romans sont un enchantement.

Alors faut-il malgré tout célébrer un salaud ?

S’il fallait brûler tous les livres de génies écrits par des salauds, s’il fallait sortir des musées les toiles peintes par des salauds, il n’y aurait plus grand-chose de consistant dans nos bibliothèques ni dans nos musées.

Jean-Jacques Rousseau, un esprit de « Lumières », abandonna ses enfants, Voltaire avait des actions dans les compagnies de traites d’esclaves. Dieu sait la vie indigne qu’a menée Arthur Rimbaud.  Victor Hugo a traité sa maîtresse Juliette Drouot moins bien qu’une servante. Il lui comptait ses sous au point qu’elle n’en avait pas pour payer son  chauffage. L’un des peintres les plus prestigieux de la Renaissance, Le Caravage, était un assassin recherché par toutes les sénéchaussées. Une nuit, il alla dans les bas-fonds de la ville récupérer le cadavre d’une prostituée qui lui servit de modèle pour peindre l’un des plus admirables portraits de la Vierge qui n’ait jamais été peints.

Les hommes passent avec leurs turpitudes, leurs faiblesses. Il faut s’en accommoder, les créateurs de talent sont souvent des détraqués, en tout cas des êtres hors norme. Il suffit de contempler un tableau de Van Gogh pour deviner que l’homme était un fou. Ce que la bourgeoisie, qui achète aujourd’hui ses toiles à coups de milliards, aurait appelé  un résidu de société.

Pourtant la marque du génie de tous ces hommes vient enrichir notre patrimoine et nourrir notre espérance. Face à chaque canon qui nous rabaisse, il y a une œuvre d’art qui nous ennoblit, qui nous libère. Ce n’est pas pour rien qu’un dictateur s’en prend d’abord aux artistes.

Mais pour comprendre cela, il faut être un grand ministre de la culture et non un serveur de soupe.

 

Commentaires

Te voilà bien critique avec un Mitterand, ne payerai t il pas le fait d avoir integré un gouvernement de droite ?
Une chose est certaine il est un érudit et je pense qu'il mérite une place de ministre de la culture.
Quand au fait d'exclure Celine de la liste des commémorations il a certaine eu tort, son tort celon moi est de ne pas avoir veillé à ce que ce nom ne soit pas dans la liste dès le debut comme ça il n'aurait pas eu besion de l'exclure donc de soulever une polemique.
On ne peut pas comparer les actes antisemites,et autres propos racistes tenus à cette époque et le fait d'avoir possédé des actions douteuses, d'être accuser de ne pas avoir payer les notes de chauffage de sa muse, ou bien de vivre comme un "Saltimbanque" (mot que tu aimes bien...), chacun sait que les artistes sont tous et surtout entre le 19eme et 20 siècle des marginaux , que leur génie vient souvent de l'alcoolisme et autres addictions à des produits stupéfiants....je doute que ce Céline soit du même style, tu le décrit comme un grand génie littéraire il devait donc penser ce qu'il disait, donc pas d'excuse pour ce salaud là.
(si tu as en stock un bouquin de Celine à me prêter je suis preneur, car si je connais les travers de cet écrivain je n'en connais pas l'oeuvre)
Bonne soirée
Laurent

Écrit par : Laurent | 05 février 2011

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