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12 janvier 2011

Muette

On a coutume de dire que «  c’est la fonction qui crée l’organe ». Il doit y avoir quelque chose de vrai dans cette maxime. Madame Alliot-Marie, pour avoir passé trop de temps dans la « Grande Muette » y a laissé sa voix. Elle se taisait en sa qualité de Ministre des armées, elle continue de se taire en tant que Ministre des affaires étrangères, sourde aux évènements de Tunisie. Encore « un secret- défense » à préserver sans doute.

Ben Ali ce dictateur ami de la France est chez lui, il y gouverne à sa guise, il fait dans son pays ce qu’il veut, il a sa méthode pour régler ses problèmes, cela ne nous regarde pas. Pas d’ingérence. Donc « motus » et bouche cousue.

D’ailleurs, le premier, sinon le meilleur, d’entre nous, Nicolas Sarkozy, ne déclarait-il pas, voici quelques mois, à propos de la Tunisie, que «  la liberté y progressait » !

Il semble qu’au pays des droits de l’homme, nous avons depuis quelque temps, et de plus en plus, l’indignation sélective.

Pas un mot de sympathie pour le dissident chinois Liu Xiaobo, récent Prix Nobel de la Paix, qu’on maintient en prison. Patte de velours et courbettes onctueuses devant le Président chinois. Airbus et centrales nucléaires obligent. Contrats de sourds en quelque sorte pour des habitués de promesses de Gascons.

Mais que Gbagbo triche en Côte d’Ivoire, ce qui est effectivement anti démocratique, scandaleux, inadmissible, voilà nos moralisateurs qui s’offusquent à s’étrangler, qui menacent, qui exigent.

Et de  Ben Ali, récemment  élu à quatre vingt dix pour cent, mais aujourd’hui à ce point désavoué par un peuple de jeunes, on n’osera pas dire qu’il a triché de façons plus éhontées encore !

En politique internationale il semble qu’il y ait aussi le «  pelé, le galeux » que l’on ne saurait épargner et le « loup quelque peu clerc » dont on a tout à craindre.

A l’heure où j’écris ce texte, les sources médicales tunisiennes annoncent au moins cinquante morts. Quatre selon la police, certainement mieux placée pour dénombrer les cadavres ou les mourants.

Quand le pouvoir panique, il n’a d’autre ressource que de tuer pour faire peur et se rassurer lui –même.

A Kasserine, près de Sidi Bouzid, les médecins écœurés par le massacre, débordés par manque de moyens, sont sortis devant l’hôpital pour faire une haie de protestation. Ils ont essuyé des tirs de sommation.

Nous dont des soldats meurent dans deux pays du Moyen Orient parce qu’on a voulu apporter la démocratie à des peuples qui ne nous demandaient rien, nous n’aurons pas un regard, pas un mot de sympathie pour toute une génération de jeunes qui lutte pour la liberté… sa liberté.

Pourtant, sans aller jusqu’à l’ingérence, l’opinion internationale, quand elle veut s’exprimer avec force, ça compte, même pour un Ben Ali. L’existence du tribunal international de la Haye, ça compte, surtout pour un Ben Ali. Il est important que les dictateurs sachent que s’ils se placent chez eux au-dessus des lois, ils sont responsables de leurs actes devant le droit pénal international. Encore faut-il que des voix nombreuses s’élèvent pour le leur rappeler.

Même si l’espérance fleurit en Tunisie, elle est fragile. Tout peut être perdu, je le crains hélas ! Ben Ali peut compter sur l’appui de l’Algérie qui craint la contagion et même sur celui du Maroc où des manifestations de sympathie viennent d’être interdites.

Mais chut ! ça sent bon le pétrole et le gaz et le tourisme béat sur des plages de rêve. C’est une condition nécessaire et suffisante pour vous clouer un bec.

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