MXX37
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29 octobre 2010

A la gloire de qui?

C’est désormais une tradition  chez  les présidents de la cinquième  République. Usant de leur pouvoir régalien, ils s’efforcent de laisser leur trace de bâtisseurs.

Ce n’est pas forcément répréhensible si l’on se réfère aux succès  grandissants du Centre Pompidou,  du musée d’Orsay (Valéry Giscard d’Estaing) de la Bibliothèque François Mitterrand, ou de la pyramide du Louvre ; sauf que ces réalisations sont exclusivement à Paris et donc, surtout pour les centres culturels, d’accès plus difficiles aux provinciaux.

Nicolas Sarkozy ne veut pas manquer à cette règle. Il rêve de réaliser la maison de l’Histoire de France. Soixante millions d’Euros, probablement le double ou le triple en fin de course, ce qui, au regard de certains travaux pharaoniques, est plutôt raisonnable.

La pyramide  du Louvre ou les tuyauteries de Beaubourg avaient fait scandale, le projet de Sarkozy suscite quant à lui de sérieuse réserves.

Mais ce qui est nouveau et étonnant, ces réserves viennent de ceux qui devraient se réjouir, à savoir les historiens eux-mêmes.

Ce n’est pas le prestigieux contenant (le site des Archives Nationales qu’on va aménager) qui les inquiète, mais le contenu. Quels sont les « meubles » que l’on va mettre dans la fameuse « maison » ?

L’Histoire en effet est un sujet sensible. Surtout depuis que la troisième République en a fait une matière d’enseignement.  On lui a fait dire, en fonction des intérêts nationaux, des « bourrages de crânes », à peu près tout et son contraire. L’Histoire est souvent habillée de mensonges au profit d’intérêts bassement politiques.

Un certain Ernest Lavisse, historien proche du pouvoir de l’époque (il est mort en 1922) est allé jusqu’à proclamer sans vergogne que le rôle de l’histoire est «  de faire aimer la Patrie » et donc forcément ceux qui la gouvernent.

En la matière, avec l’actuel président, nous avons affaire à un orfèvre. Lui a cherché à se faire aimer d’abord. Pour détourner à son profit la lettre de Guy Moquet ou la parole de Jaurès, on a rarement fait mieux.

Ce que les historiens modernes ont le plus mal vécu est certainement la grossière tentative, heureusement avortée, du débat sur l’identité nationale. Cela supposait inévitablement la manipulation de certains faits historiques ou l’utilisation de personnages prestigieux, à l’appui des thèses du pouvoir.

De là à soupçonner le chef de l’Etat de poursuivre son idée d’identité française, de vouloir la concrétiser malgré tout en lui dressant un temple, il n’y a qu’un pas et même qu’un saut de puce.

Qu’on ne nous fasse plus le coup de nos ancêtres les Gaulois alors qu’ils étaient Celtes ; du barbare Attila qui pourtant connaissait les auteurs grecs ; ou de Jeanne d’Arc symbole d’une France qui n’existait pas encore en tant que nation; de la colonisation qui apporta la culture à des peuples soi-disant arriérés.

L’Histoire foisonne de documents que des spécialistes s’efforcent de décrypter, de rassembler, de confronter aux faits. Elle est une matière vivante sujette à controverses. Si elle a sa source dans les bibliothèques, les musées, les archives, elle ne peut se laisser enfermer dans la poussière.

L’Histoire est libre comme l’air, elle est dans les livres bons ou mauvais à la fois une et plurielle. Comme le journaliste d’investigation elle ne peut se satisfaire d’une vérité plus ou moins téléguidée.

Les historiens modernes se  méfient d’un Panthéon qui les figerait dans la pierre. Comme on les comprend !

 

 

Les commentaires sont fermés.