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24 septembre 2010

Gare à la jaunisse!

Au début du siècle dernier, dans les mines de charbon, dans les grosses unités sidérurgiques, et d’une manière générale partout où le travail épuisant n’était même pas rémunéré au minimum de sa valeur, une catégorie d’ouvriers, pour être bien vus du patron, refusait systématiquement de participer à la lutte sociale. Ces ouvriers se distinguaient notamment en ne faisant jamais grève. Certains même entraient carrément dans le jeu de la direction en se transformant en agents informateurs ou en briseurs de grèves.

Avec un mépris affiché, leurs collègues les appelaient les « jaunes ». Ils étaient tenus à l’écart et quelquefois solidement rossés.

Avec  l’amélioration des conditions de travail, les changements du contexte économique, l’élévation du niveau de vie des trente glorieuses, les luttes sociales sont devenues moins radicales. Pourtant le terme « jaune » est resté à propos de celui qui, ne faisant pas grève, prend tout de même les avantages acquis du fait de celle-ci.

La preuve, un directeur artistique de France Inter, sommé de se justifier aujourd’hui 23 septembre, sur la mise en place de la programmation musicale diffusée en continu les jours de grève, a répondu :

« Attention ! Nous ne sommes pas des jaunes… »

Et d’expliquer qu’un programme musical en continu est toujours monté en parallèle du programme classique (informations, reportages, interview etc…) dans le but de parer à un incident majeur. Le second prend alors le relai du premier, comme un groupe électrogène prend le relai en cas de coupure de courant. C’est donc ce programme musical de secours, élaboré à l’avance, qui, les jours de grève, vient palier au mutisme des journalistes en grève.

Les quarante ministres de la grotte Elyséenne (la grotte moderne d’Ali baba)  ont tous affiché des mines réjouies dès le midi du 23 septembre. Ils faisaient « plaisir » à voir. Ils n’ont même pas eu à crier : « Sésame, ouvre-toi ! », ils voyaient des jaunes partout : des jaunes qui valaient un trésor.

Et de se bousculer aux micros pour expliquer : « Les Français ont compris le sens de la réforme des retraites ! Nous continuerons à faire de la pédagogie, à expliquer.»

Bravo ! Ces immenses pédagogues devraient tous se recycler dans l’enseignement. Le niveau pédagogique ferait un bond de plusieurs crans et les problèmes d’éducation seraient résolus.

En réalité, ou ce sont de grands naïfs, ou ils ne comprennent rien à la situation, ou bien ils ne croient pas un mot de ce qu’ils racontent. A mon avis, dans leur cas, les trois possibilités sont confondues.

Si j’osais leur délivrer (sans être un jaune) un bon conseil, je leur suggèrerais de mieux examiner la coloration des non-grévistes. Ils s’apercevraient alors que parmi tous ces « jaunes » se dissimule un fort contingent de « verts ». Pas des écologistes, mais des « verts » de rage !

Pourquoi diantre n’ont-ils pas cessé leur travail pour protester ? Ce n’est pas, d’après moi, l’envie qui leur a manqué.

Mais les incertitudes économiques, les difficultés de fins de mois, la précarité du travail jointe à la puissante pression patronale, font que certains travailleurs sont dans l’impossibilité matérielle de protester. Tout le monde sait qu’ils sont plus nombreux qu’on ne pense.

Alors messieurs les ministres qui étalez votre satisfaction béate, à force de voir des jaunes partout, attention à la jaunisse !

Car il existe un moyen gratuit, commode, anonyme, de protester, c’est le vote de l’isoloir. Il y a même fort à parier que ce jour-là,  on enregistrera la grève la plus faible de la décennie. Et ce jour-là, vous verrez que le comptage de la police, sera le même que celui des syndicats.

Attention à la jaunisse ! D’autant que selon l’avis autorisé de certaines sommités médicales la période d’incubation de cette curieuse maladie est fort longue, que nous y sommes « en plein », qu’il fallait être patient, la déclaration de cette jaunisse n’étant prévue que dans le courant du mois de mai 2012.

Est-il encore temps de mettre au point un vaccin ?

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