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21 septembre 2010

Le respect ou les sentiments.

Le respect est une convention inventée par la société, alors que les  sentiments viennent tout naturellement de la sensibilité du cœur. On doit le respect, mais l’on éprouve des sentiments. L’un vient sur commande, les autres obéissent à une mystérieuse alchimie. Car respecter n’est pas aimer. C’est parfois même le contraire.

Je me méfie toujours de la phrase qui commence par : « je respecte votre point de vue… », elle est souvent l’entrée en matière d’une vacherie.

Cette réflexion m’est venue en observant le comportement de mes petites filles, des jumelles de trois ans et demi,  particulièrement délurées. Ce dimanche après-midi, je leur ai rendu visite.

« Ambre, dis bonjour à papi ! »

Ambre est diplomate.  Elle connaît ce genre de situation. Continuer à jouer comporte un risque. C’est  le respect dû à papi ou la fessée. Alors qu’elle s’approche de moi, je tends obligeamment la joue. Du bout des lèvres elle effleure la joue. La caresse d’une aile de mouche. Service minimum pour le respect. Cinq minutes plus tard pourtant elle me tend un petit panier de délicieuses framboises avec un plaisir évident. Puis elle passe et repasse avec son petit panier ; Il faudrait que je me gave. Service maximum pour les sentiments.

« Perrine, dis bonjour à papi ! »

« Non ! »

Les lèvres se tendent, narquoises, une flamme de défi brille dans son regard. Je ne bronche pas, je sais qu’elle meurt d’envie de me faire un bisou, mais la position de sa petite personne, face à l’adulte qui exige, a plus d’importance en ce moment que l’obéissance à tout prix. Elle ira au clash, c'est-à-dire à la fessée. On aura droit pendant cinq bonnes minutes aux larmes de Chimène à qui l’on a tué le Cid.

Le temps passe, je dois partir. Alors que j’ai la main sur la poignée de la portière j’entends dans mon dos un petit trot endiablé. C’est Perrine, rayonnante,  bras ouverts qui me saute au cou avec un bel enthousiasme. Ce qu’elle n’a pas voulu donner sous la fessée, elle le donne librement avec une touchante spontanéité.

Me croiriez-vous si je vous disais que j’ai préféré mille fois cette seconde manière de me témoigner l’affection, en secret bien sûr,  pour ne pas dénigrer la salutaire fessée.

Voyez que respect et sentiments ne sont pas au même niveau. Les enfants qui sont le reflet de l’âme humaine à l’état brut sentent cela. Aimer est la forme supérieure du respect. On pourrait en tirer la morale de la fable.

Combien de personnages importants, de chef d’Etats, de dictateurs, ont cru devoir se faire aimer du peuple sur commande. Ils n’ont  jamais réussi à satisfaire que leur illusion. Ce désir est absurde.

Ces choses là ne se commandent pas depuis les salons aux boiseries dorées. Le sentiment est libre, on ne l’impose pas, et puisque je l’ai vu résister à une fessée, il peut bien résister à des bataillons de policiers.

 

 

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