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09 septembre 2010

Les encombrants

Au début du siècle dernier encore, le mot « encombrant » était un adjectif dont le Littré, dictionnaire de référence, donnait une courte définition : « qui encombre, qui cause de l’encombrement. Marchandise encombrante. Personne encombrante.»

En devenant un nom : « l’encombrant » ou mieux, « les encombrants » devient un mot au sens plus précis et plus fort. Les encombrants sont les déchets lourds issus de la démolition ou les objets  volumineux, produits de la société de consommation, qui viennent en fin de vie ou dont on s’est lassé à l’usage.

On s’en débarrassait hardiment dans les décharges, aujourd’hui, plus raisonnablement, on les amène à la déchetterie. Quelques-uns dans le vide greniers, procurent parfois un petit pécule.

D’une manière générale on peut dire que toute activité humaine produit des encombrants et bien entendu la politique n’échappe pas à cette règle. On peut même ajouter que les encombrants y sont plus qu’ailleurs assortis d’encombres.

Encombres, toujours selon le Littré : accidents fâcheux qui encombrent, qui font tout échouer. Façon élégante de désigner les emmerdes.

Sauf qu’en politique, il est difficile de se débarrasser des encombrants vu qu’il n’y a ni grenier, ni déchetterie de recyclage, ni vide grenier, mais seulement des placards où l’on range les cadavres. On le voit avec Villepin, les cadavres en politique, ne sont jamais exquis. Aussi les encombrants y fleurissent comme des boutons sur un visage et sont du plus vilain effet.

Le premier des encombrants produits par le système est Eric Woerth. Arrivé vêtu en apparence de probité candide et de lin blanc, ce monsieur cachait sous sa tunique limpide une combinaison maculée de cambouis. Et s’il n’a pas la tête du serpent retors, il en a peut-être l’âme.

Soupçon de conflit d’intérêt qu’il dément, mais qu’il accrédite plus tard en faisant démissionner sa femme de son emploi doré chez Mme Bettencourt. Accusation de trafic d’influence par légion d’honneur interposée, qu’il nie mais qu’il reconnaît plus tard lorsqu’est publiée sa belle lettre de recommandation pour un ami digne « d’intérêt ».  Suspicion de portage de valises qu’il récuse, mais qu’il renforce à moitié en démissionnant de son poste de trésorier de l’UMP.

Bref voilà un  homme qui réunit toutes les caractéristiques de l’encombrant générateur d’encombres. Un ministre en fin d’usage que l’on ne sait plus où caser. Le roi ne le soutient plus qu’à la manière de la corde qui soutient le pendu.

Les ministres de gauche, eux, ont été dès l’origine, des encombrants de circonstances, d’inadvertance. Moins à cause de leur efficacité ou de leur indépendance, que par la place qu’ils occupent. En effet, ils sont tellement encadrés que chaque fois qu’ils veulent parler, on dirait qu’ils ont un chat dans la gorge. Ils accaparent pourtant un poste contre nature. Symboles de l’ouverture, ils incarnent en fait la fermeture pour les jaloux qui convoitent leur maroquin. Comment accepter, après la rudesse d’une campagne qui se solde par une victoire triomphante, que les vaincus reçoivent les trophées normalement destinés aux vainqueurs ? Même à l’armée du salut on ne verra pas ça.

De ces encombrants heureusement, il est très facile de se débarrasser. Il suffit de les renvoyer dans leur camp comme de vulgaires sans papier. Et peu importe de quelle manière ils y seront reçus.

Les encombrants fossilisés sont autrement plus coriaces. Chirac, changé, comme dans la Bible, en statue de sel, s’incruste dans le paysage et son ombre portée s’allonge jusqu’au château. Ce n’est pas qu’il parle et remue beaucoup, mais la batterie de casseroles qui lui reste attachée procure un tintamarre au moindre effet de brise.

On a tout tenté pour le faire dissoudre dans l’air du matin. Accusé d’avoir à la mairie de Paris créé des centaines d’emplois fictifs, la justice a pris pour infliger sa peine, le pas de l’escargot. Si bien qu’au terme de la procédure, tous ces emplois fictifs sont sûrement déjà à la retraite. Peut-être sont-ils quasiment tous morts. Ils étaient deux cents au départ, on n’en dénombre plus que vingt et un à l’arrivée. Le parquet, toujours aux ordres du pouvoir, a  bien tenté aussi, du bout des lèvres, d’aménager un non-lieu. La ficelle était trop grosse. Il faut aller au clash.

 Sera-ce une remontrance ? Non sire, ce sera un procès en hérésie.

Un bûcher ? Par ces temps de sécheresse Dieu seul sait ou s’arrêteront les flammes. Alors pour ne pas perdre la vie, sortons la bourse.

Par 59 voix sur 60, le conseil national de l’UMP a décidé de mettre la main à la poche pour indemniser la mairie de Paris. L’effet est pervers, car payer pour une faute, c’est la reconnaître totalement. Chirac à moitié blanchi par la justice et condamné à part entière par ses amis, voilà qui ne manque pas de…sel.

Un encombrant qui ne vous fera plus d’encombres, ça n’a pas de prix.

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