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16 juillet 2010

Sous un chêne, on peut passer pour un gland.

Il ne faut jamais attendre d’une déclaration d’un chef d’Etat, autre chose que ce qu’on retire d’une grande messe avec grandes orgues et chœur de chant. Nicolas Sarkozy n’a pas dérogé à la règle. On peut résumer l’heure qu’il a passée à répondre aux questions tièdes d’un journaliste,  d’une formule lapidaire : « croyez en moi et prosternez-vous. »

Mais même si on n’y trouve rien de concret, rien de précis, même s’il n’y est question que d’autosatisfaction permanente,  obsessionnelle, même s’il faut y subir l’inévitable larme sur la dureté de la fonction, on peut y trouver malgré tout quelques raisons d’ironiser pour éviter l’ennui.

Premier effet comique, l’attitude de Pujadas qui persiste à  poser la question dont tout le monde connaît la réponse : serez-vous candidat en 2012 ?  Un journaliste qui, seul entre tous, ne connaît pas la réponse à cette question, doit sûrement avoir trouvé sa carte de presse dans un paquet « Bonus ».  

Deuxième moment d’anthologie, quand Sarkozy parle de son rapport à l’argent, alors que tout dans son parcours transpire l’argent, l’arrogance du nouveau riche, la condescendance, le goût du luxe à la limite du mépris. Il n’y a que le célèbre Harpagon de Molière qui lui soit supérieur en effet de scène.

« Qui ne peut, à cinquante ans, se payer une Rolex, a raté sa vie ». Cette phrase n’est pas de lui, mais elle illustre bien la société sous-jacente dont il rêve.

Mais le plus savoureux de ce jeu de question-douce-réponse-culotée, c’est quand le Président déclare « Lavé de tout soupçon »  le ministre Woerth, par les vertus d’un rapport de l’IGF. Parlons –en ! L’IGF est une machine à laver dont il commande les boutons. Il suffit d’ajouter la poudre de lessive.

 Est-ce que si ça lave plus blanc, ça ne perd pas  son éclat au séchage ? Angoissante question.

Décidément, c’est une manie chez l’hôte de l’Elysée. Il ne doute de rien. Il est tellement imbu de sa fonction qu’il se prend pour St Louis sous son chêne. «  La justice, c’est moi ! il faudra vous y faire. Les magistrats n’ont plus qu’à aller se rhabiller» semble être son credo.

La preuve : A peine la police a-t-elle arrêté Yvan Colonna, qu’il le qualifie solennellement « d’assassin du Préfet Erignac »

A peine le procès de Cleastream a-t-il commencé, que sans attendre, en faisant allusion à Villepin, il parle de « coupable »

Rien d’étonnant donc qu’en évoquant le sort de son ami Woerth, il le déclare urbi et orbi parfaitement « innocent ».

« Car tel est notre bon plaisir ! »

Malheureusement pour le prestige de sa couronne, une certaine justice indépendante semble exister ; tellement indépendante qu’à l’occasion elle lui inflige quelques lourds camouflets, à lui qui se prend pour elle et qui délivre, tel Dieu  le père, d’indéfectibles sentences.

Prématurément et illégalement désigné avant procès « assassin », Yvan Colonna voit le jugement qui plus tard le condamne, cassé. N’en déplaise au juge suprême, il redevient « présumé innocent. »

Quant à Villepin, indirectement qualifié de coupable, la justice le blanchit en première instance, faisant un magnifique pied de nez à celui qui prenait déjà ses désirs pour des réalités.

Une façon comme une autre de le faire passer pour un gland.

Si j’étais à la place d’Eric Woerth, je serais un homme inquiet. L’absolution de Dieu le père, sous son chêne, pourrait bien lui valoir la foudre des apôtres du prétoire en rupture de ban ( j’allais écrire : de gland) avec le patron.

Vous voyez bien qu’il ne faut jamais désespérer d’un discours convenu et ennuyeux. Avec un peu de malice, on peut toujours trouver même dans la plus affligeante tristesse, des motifs de se marrer.

01:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : justice, argent, woerth, sarkozy

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