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31 mai 2010

Le tonneau des Danaïdes.

Selon la légende de la haute antiquité, les 49 Danaïdes qui tuèrent leur époux la nuit de noce, furent condamnées éternellement à remplir un tonneau sans fond.

Notre tonneau des Danaïdes à nous est le régime des retraites, sauf que les gouvernements, pas plus l’actuel que les anciens, ne se sont aperçus qu’ils versaient de l’eau dans un récipient troué.

Nulle personne sensée ne saurait contester que le régime des retraites par répartition soit en danger et que pour le sauver, il faille mettre en place une réforme sérieuse, efficace, durable et par certains aspects douloureuse. Tout le monde est résigné au sacrifice, mais personne n’acceptera  une réforme décidée dans la précipitation, la confusion, le mépris des intéressés, sinon le diktat.

C’est malheureusement la méthode que semble privilégier l’équipe de Sarkozy.

L’affaire ne peut se résumer, se limiter, au seul allongement de la durée de vie moyenne. Certes, un salarié vit statistiquement plus longtemps et c’est tant mieux, mais c’est un raccourci trop rapide que d’en faire la cause principale du déficit des caisses de retraite.

Les sources réelles de ce déficit sont si diverses, si délicates à traiter, et pour tout dire si gênantes pour le gouvernement, que celui-ci préfère les occulter.

Il est pourtant nécessaire de faire une pause, de réfléchir, de mettre sur la table, à la connaissance de tous, la situation exacte de notre économie et par voie de conséquence, de nos emplois, cela éviterait de dire des contre-vérités en vue de prendre au pied levé, comme ce fut le cas par le passé, des décisions absurdes ou inefficaces.

Au lieu de viser en priorité les papis centenaires dont la désespérante  gaillardise creuse le trou financier, le gouvernement devrait rétablir au moins une partie de la vérité.

A savoir qu’il manque dans notre pays environ quatre millions d’emplois, que le chômage a dépassé les dix pour cent, que vingt quatre pour cent des jeunes de  moins  de vingt cinq ans sont au chômage, que le taux de ceux des 55-65 ans qui travaillent encore atteint à peine 38%. On voit que de nombreux  cotisants manquent à l’appel. Ce manque à gagner représente une somme colossale.

 Pourquoi  cacher que l’économie française est incapable de fournir du travail à ses jeunes comme à ses vieux ? On prétend imprudemment maintenir au travail des vieux, alors que c’est impossible.

Il faudrait reconnaître d’abord , au lieu d’insister lourdement sur l’allongement de l’âge légal du départ à la retraite, que la grosse majorité des travailleurs du privé qui ont atteint l’âge de 60 ans, est au chômage, en maladie, ou en invalidité. Il est extravagant de prétendre demander à ceux qui sont déjà sur la touche de continuer le match. Le voudraient-ils, qu’ils ne le pourraient pas.

Balladur et Fillon, l’un en 1993 l’autre en 2003 ont respectivement allongé la durée d’activité à 40 ans puis à 41 ans. Balladur, en revalorisant les pensions sur l’indice des prix, qui ont peu augmenté, au lieu de l’asseoir sur l’indice des salaires qui ont augmenté plus rapidement, a même réussi à faire perdre 7% aux montants des retraites.

Qu’ont-ils réglé, ces deux éminents politiques ? Rien du tout. Le problème reste entier. Ils n’ont fait que verser de l’eau dans le tonneau des Danaïdes.

Et comme on se prépare à répéter leurs erreurs, dans dix ans, dans vingt ans, nous en serons encore à verser de l’eau dans le même tonneau sans fond.

Or une vraie solution ne peut se trouver que si on pose bien le problème. Les mauvaises questions n’engendreront jamais que de mauvaises réponses.

Même s’il faut surveiller le vieillissement de la population, celui-ci est à mon avis plus inquiétant pour le coût de notre système de santé que pour nos retraites.

Le système des retraites sera sauvé essentiellement par la restauration d’une économie moderne et prospère. Mais ça, c’est plus difficile à faire que reculer l’âge de la retraite, augmenter les cotisations et réduire les pensions.

Chiche que c’est cette deuxième solution qu’ils vont choisir pour nous remplir le tonneau percé et ils n’auront même pas l’excuse d’une mauvaise nuit de noce.

 

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