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29 mai 2010

Un cocorico enroué.

Les grincheux peuvent toujours râler, les mauvais plaisants prédire le désastre avec l’insaisissable Raymond Domenech, la France remporte sa finale avant que la compétition de la Coupe mondiale ait commencé. Gagner avant de jouer, il n’y a que les Français qui peuvent faire ça.

Aujourd’hui, 28 mai, nous avons battu à plate couture l’Italie enfin, sans avoir besoin du coup de « boule » fatal de notre Zidane.

Plus difficilement, nous avons battu la Turquie, d’un petit point, mais comme dit le proverbe : « pour un point, Martin perdit son âne ».

Hourra ! nous avons gagné le droit d’organiser la coupe d’Europe de football 2016.

A l’Elysée on se rengorge, le président Sarkozy s’est personnellement impliqué. Depuis  six mois lui-même,  ses services, ses conseillers, ses ministres, les instances nationales, ont fait le siège de l’UEFA, multiplié les bonnes volontés,  les amabilités, les promesses. Une vraie campagne électorale menée de main de maître. Il est vrai que notre Président est un spécialiste de la chose.

Cocorico ! Donc.

Sauf que dans la brume du soir, ce cocorico résonne étrangement sans provoquer d’écho enthousiasmant. De l’enrouement sans doute.

Dans leur coin, des poules renâclent, d’avantage préoccupées de gratter le sol à la recherche d’un dernier grain, que d’admirer leur roi tout gonflé de son plumage de paon.

Car sous l’enrobage de miel, la pilule que devront avaler les douze maires (et donc leurs contribuables)des villes choisies pour rénover ou reconstruire leur stade, risque d’être amère, surtout qu’ils connaissent l’oiseau. Brasser du vent pour eux n’est pas brasser des sous.

Or l’on parle déjà d’un investissement de 1, 7 milliards d’Euros. Prévision hasardeuse, quand chacun sait qu’en matière de construction de stades les budgets sont souvent multipliés par deux ou par trois tellement les bétonneurs ont de frais. Sous le coup de l’enthousiasme, l’Etat annonce une provision de 150 millions. Autrement dit une arête de sardine dans un monde de baleines.

Dans une ambiance de suppression de la taxe professionnelle, de rigueur budgétaire, de gel des subventions d’Etat, de retard dans les autorisations de programmes, de transfert de charges, il n’est pas étonnant  que les élus fassent la gueule. Aux dernières nouvelles celui de Strasbourg croisait les doigts en priant St Nicolas pour que la patate chaude échoie à la Turquie : il doit rire jaune aujourd’hui. Quand à celui de Nantes, l’insolent a assorti son refus d’une perfide déclaration : « On est dans la démesure totale…dans un autre monde. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. »

 Ces socialistes, quel manque de réalisme, tout de même !

Heureusement que le bon peuple va exulter. Il aime tant les jeux de Rome le bon peuple, qu’il va être comblé au point de tout oublier. Un Président capable de creuser le déficit de 300 milliards en trois ans mais qui trouve de l’argent à prêter aux banques et même à la Grèce, n’est pas n’importe qui, en tout cas pas un mauvais gestionnaire. Il raclera  toujours quelques milliards coincés au fond d’un tiroir pour nous offrir les jeux du stade dignes de ce nom. Faisons lui confiance. Du ras le bol, il nous fera des stades pleins comme la fée de Cendrillon un soir de bal.

Et comme on ne fait jamais l’unanimité, il n’y aura que les imbuvables qui vraiment n’aiment pas le foot, pour rouspéter à propos de leur pouvoir d’achat, de leurs impôts, du chômage ou du recul de l’échéance de leur retraite.

Mais comme ils ne sont jamais qu’une minorité négligeable, on peut dormir tranquille en « Sarkozie », fort d’une victoire obtenue de haute lutte et d’un prestige retrouvé. C'est bien là l'essentiel.

 

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