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13 mai 2010

Les vieux.

Comme Sarkozy a renoncé à nous soûler de ses discours de rase campagne ou de ses problèmes personnels il nous est permis de goûter un peu de calme, de décuver, tout en réfléchissant sur notre condition.

Ce n’est pas brillant non plus, quand on a passé un certain âge. Il fut un temps où la vieillesse avait des privilèges. C’est terminé. Nous voilà, septuagénaires pleins de vigueur, bien rangés dans un double tiroir.

Partie supérieure du tiroir : le risque !

Partie inférieure du tiroir : la vache à lait.

Le risque : ayant voulu contracter un petit emprunt pour me payer le luxe de quelques options sur mon nouveau véhicule flambant neuf, j’ai pris langue avec un organisme de crédit très sérieux et de surcroit mutualiste.

Date de naissance ? …… ! Vous avez plus de 69 ans !

Je ne les sais que trop hélas !

Je dois être bien noté par les fameuses agences indépendantes, mieux que la France peut-être, à coup sûr mieux que la Grèce, car la réponse ne tarde pas.

-« Oui pour le prêt ! Non pour l’assurance ! Vous comprenez, vous avez plus de soixante neuf ans. »

L’assurance n’aime pas les vieux. Trop de prostates. Trop de risque.

 Il faudra pourtant qu’on s’accorde dans ce pays où les uns nous voient déjà mourants quand les autres nous reprocheraient presque de vivre trop longtemps !

J’ai eu beau protester vigoureusement, assurer que mon arthrose était un signe de longévité,rien n’y a fait. Dans les bureaux feutrés on ne connaît plus que la logique des ordinateurs et la sacro-sainte loi de la probabilité.

La vache à lait : Vexé, plus qu’en colère, j’ai voulu, vu le mauvais temps, me calmer en piquant une bonne sieste devant ma télé pendant que l’inspecteur Derrick s’activait à sa quotidienne enquête ; une enquête pas assez riche en hémoglobine pour intéresser les jeunes, mais tout de même assez pour intéresser les vieux.

Je n’ai pu fermer l’œil qu’entre le moment où l’on a découvert le cadavre et celui où l’on a débusqué l’assassin. Le reste du temps, impossible de ronfler sous les agressions publicitaires.

Cela a commencé par un couple dans l’âge installé sur un banc au milieu des gazouillis d’oiseaux. D’un air gourmand, en roucoulant comme des pigeons, ils organisent leurs conventions obsèques. C’est frais, reposant, optimiste comme un ruisseau d’avril. Et d’un goût désopilant.

Passé ce cap sinistre, nous voilà tombés dans la fuite urinaire. Une sémillante personne, qui ne fait pas son âge, nous explique comment colmater les fuites. Et sans odeur, pour cette appétissante cendrillon qui compte bien se rendre au bal de quelque prince charmant.

A peine a-ton vérifié sur soi que l’on n’est pas victime aussi du goutte à goutte, que nous voilà préoccupés par le dentier victime de la loi de Newton. Un dentier qui tombe, ce n’est pas permis. Ça fait ringard.  Alors, une croqueuse de pommes, belle comme une croqueuse de diamants, nous démontre les avantages de la pâte qui le colle si bien au palais. On y croit si fort que la question se pose : comment le décoller ? Par un autre produit miracle sans doute…

Mais on n’est pas quitte pour autant. Derrick les attire. Les vieux, bientôt, ça ne peut plus monter les escaliers. Alors une dame fort attirante, qu’on aimerait suivre au-delà du pallier, d’un appui léger sur un bouton se laisse hisser dans un fauteuil capitonné.

Et ainsi à longueur d’antenne ! Divertissant !

Loin de moi l’intention d’ironiser sur les misères causées par l’âge des un et des autres. Pour certains, elles viennent souvent beaucoup trop tôt. Mais dans la malchance chacun peut faire face à son handicap sans avoir à subir le tapage médiatique de tous ces marchands du temple qui nous traitent comme s’il s’agissait d’un marché de croquettes pour animaux.

Triste société qui rejette les vieux pour le danger financier qu’elle suppose, mais qui les cible dans sa stratégie commerciale en les accablant  jusque dans le  profit qu’elle escompte de leur mort.

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