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02 mai 2010

Le compte-gouttes et le pipeline.

Oyez, oyez, brave gens, la planète est en danger !

 Par votre comportement irresponsable, par votre goût de la consommation, par votre religion de l’aisance, vous détruisez la terre qui vous héberge et avec elle tous les êtres vivants qui ont le malheur de vivre autour de vous.

Tout cela n’est pas faux, et quiconque a un peu de conscience se sent coupable d’une faute originelle. Nés pour consommer, nous consommons comme des gloutons sur une montagne de déchets. Honte à nous !

Alors peu à peu, sous les coups de sonnettes d’alarmes que d’aucuns n’arrêtent pas de tirer, nous faisons des efforts pour changer nos mauvaises habitudes, nous nous contraignons, pas beaucoup, mais un peu.

Nous avons remplacé notre chasse d’eau des WC par un modèle à double détente. Cinq litres gaspillés seulement pour la petite commission, quand il en faut dix  pour entraîner la grosse. C’est toujours ça de gratté sur le gaspillage. Nous avons changé au fur et à mesure nos vieilles lampes à filament de tungstène, trop dévoreuses d’électricité, et pris des ampoules à basse consommation. Les crédits d’impôts nous incitent à installer le chauffage à bois, à poser des panneaux solaires sur nos toits, à isoler nos murs. Nous sommes prêts à tolérer les nuisances visuelles et sonores des grands moulins de Don Quichotte qui nous recueillent l’énergie éolienne. Nous consentirons volontiers à pédaler dans les frimas de l’hiver, à l’effort financier qu’exige la voiture électrique, à assainir l’air de nos villes, à trier nos déchets, à réduire nos emballages.

Voyez comme nous sommes devenus raisonnables !

 Nous voilà maintenant citoyens du monde, des citoyens responsables et décomplexés. Si chacun se met à son compte –gouttes, chaque goutte est un plus ; unie à la multitude des autres elle formera le ruisseau qui deviendra rivière, qui grossira en fleuve. Et l’immensité des océans respirera.

Dans notre bonne conscience retrouvée, il ne nous restera plus qu’à tendre l’oreille tous les matins pour vérifier si le chant des oiseaux monte en puissance, à guetter si une nouvelle biche sort du bois ou si les grands singes ont regagné leur habitat dévasté.

Naïf aux quarante bonnes résolutions, te voilà pourtant, depuis quelques jours, ko debout !

 Je sais, tu as reçu un coup de pipeline sur la tête. Le pétrole dégouline, gluant, visqueux. Il s’étale, rendant la mer poisseuse et malodorante. Qu’un bel oiseau l’effleure de son aile, le voilà mort dans cette vase infâme. Une mauvaise fée qui détruit qui la touche

Dans le golfe du Mexique, une surface équivalente à deux fois celle de la Belgique est noircie de ce poison.

Par esprit de lucre, par comportement voyou, la société pétrolière a oublié d’installer la couteuse mais indispensable vanne qui aurait pallié à l’accident de la plateforme pétrolière.

Au rythme effarant de 600 m3 jour, le pétrole jaillit en continu. Le vent le pousse. L’un des plus beaux sites du monde sera pollué, détruit ou gravement touché dans sa flore, dans sa faune, dans son économie.

Toi, à ton compte goutte, tu te sens responsable de la planète, mais l’autre, le marchand du temple à son pipeline, s’en moque cyniquement. Qui faudra-t-il chasser de l’arche de Noé pour nous préserver du déluge ?

Il en faudra des gouttes pour effacer cette horreur.

Il en faudra du temps pour que refleurisse la fleur que nous avions sauvée par la minutie et la patience de nos petites économies.

 En attendant, compte-toi quelques gouttes de laudanum dans ta tisane du soir, pour éviter l’insomnie du citoyen mazouté par le fric.

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