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14 avril 2010

Qui va payer?

  Certains s’imaginent qu’avant les grandes ordonnances et lois de 1945 et 1948 concernant la protection sociale et notamment la retraite, c’était le désert.

Certes les vieux, surtout dans les villes, lorsque les forces les abandonnaient, n’avaient d’autre ressource que la mendicité.

Pourtant la première pension de retraite fut instituée par l’édit royal en 1673 de notre plus fastueux monarque (Louis XIV). Elle concernait les officiers de marine seulement, mais le bon Colbert la compléta en créant un établissement pour accueillir les invalides de l’équipage.

En 1831, ce furent les militaires qui eurent droit à une pension après trente ans de bons et loyaux services ; en 1894, ce n’était que justice, les mineurs purent en bénéficier, puis les fonctionnaires ; enfin en 1909, les cheminots de la « bête humaine »  en furent dotés.

La  loi du 5 juillet 1910 créa une pension obligatoire  pour les vieux salariés de l’industrie et de la paysannerie. Mais cette loi ne fut pas comprise, pour mieux dire elle ne fut pas acceptée. Les salariés ne comprirent pas qu’on retire à leur maigre salaire une cotisation (certes d’un taux moins élevé que celle de leur employeur) en vue de jours improbables. On mourrait jeune à cette époque là et le présent comptait plus qu’un hypothétique avenir. Certains syndicats, pour ne pas perdre leurs cotisants, abondèrent  par pure démagogie dans leur sens.  Seul Jean Jaurès, inspirateur de cette loi, se battit, risquant l’impopularité.

Il expliqua aux uns ce qu’était la solidarité, que la solidarité est un idéal qui part de l’individu. Que l'addition d’individus de même intérêt aboutit au groupe fort et uni, seul garant de la protection de l’individu en tant que tel.

Aux autres il expliqua qu’ils allaient cogérer un système social sous la garantie de l’Etat. C'est-à-dire que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les représentants de la classe ouvrière, allaient avoir en  main le sort de la protection sociale. Fini le paternalisme. Le droit triomphait.

Mais Jaurès avec son intelligence, son grand cœur, Jaurès le visionnaire des opprimés, ne fut pas compris. La loi de 1910 s’effondra, non du fait des patrons qu’on obligeait à payer leur cotisation régulièrement à terme échu, mais par la faute des ouvriers qui, en majorité, refusèrent de payer la leur.

Aujourd’hui le monde a changé. Les maîtres des forges, les chevaliers de l’industrie, les nantis du XIX et du XXème ont quitté l’usine pour faire fortune à la bourse. L’usine est pillée par les dividendes perçus par les actionnaires qui en plus  vendent  à l’enchère leurs actions à coups de plus-value.

L’outil de production n’a pas de valeur par ce qu’il produit, mais par ce qu’il rapporte. Aussi, si son rapport est trop faible, on le délocalise.

Les  finances de la France sont ruinées par cinquante ans d’une politique de prestige qui a trop voulu jouer dans la cour des grands. Et les sangsues capitalistes achèvent de mettre à bas notre système industriel.

C’est dans ce climat perverti que l’on va proposer à la Nation un effort financier et social pour sauver le financement de nos retraites.

Qui va payer ? Les riches ?

Les riches rigolent. Ils ne trembleront pas. Et pour cause, leurs dés sont pipés.

Autrefois les fortunes se faisaient sur le dos des employés. C’est immoral bien sûr, mais cela avait un avantage, ces fortunes, on les avait pour ainsi dire sous la main. De temps en temps on pouvait les obliger à faire des concessions. On pouvait de temps à autre en grignoter un petit bout grâce à la lutte sociale.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Lutter n’est plus utile et la gauche a perdu ses appuis.

 Par le jeu subtil des communications informatiques, ces fortunes se font, se défont, volatiles comme l’air. Au bord du chapeau de magicien, un simple clic de souris les fait apparaître ou disparaître dans un insondable paradis fiscal. Certaines fortunes sont au fisc ce qu’est l’anguille dans les mains du pêcheur. Elles ne paieront pas, elles ne participeront pas à l’effort financier.

Qui va payer alors puisque l’Etat n’a plus le sou, que l'industrie est au plus mal et que les anguilles se cachent dans la vase ?

Suivez ma pensée... C’est notre faute, on vit trop vieux. Les progrès de la médecine n’ont servi qu’à mettre à mal notre système de retraite. Et la paix bienheureuse a fait le reste.

Jaurès a vécu en son temps. Il a épousé son époque, il l’a façonnée au profit de ceux  qui en avaient le plus besoin. Son influence a été immense.

Combien nous a manqué, ces dernières décennies, une voix pareille à la sienne, avec sa lucidité, sa vision universelle du bien de l’humanité.

Peut-être l’aurait-on fait taire dans quelque café du « Croissant », mais au moins aurait-elle montré le chemin aux quelques hommes de bonne volonté.

 

 

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