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27 mars 2010

La République des mains sales.

La politique au plus haut niveau de l’Etat obéit à des lois qui n’ont rien à voir avec la loi. Elles sont si dures, ces lois, que ni le citoyen de base qui vote avec constance et discipline, ni même le militant, à quelque parti qu’il appartienne, n’ont conscience de leur férocité.

On sait que le pouvoir dictatorial, par définition, se livre toujours à des excès, à des horreurs.

 Ce que l’on sait moins, c’est que le pouvoir républicain,  lorsqu’il est acculé au mur de la vérité, est aussi capable du pire pour cacher ses turpitudes à l’opinion publique.

Le sept janvier 1934, est retrouvé  mort dans sa chambre, une balle dans la tête, un certain Stavisky, escroc de son état, compromis avec des ministres et des parlementaires corrompus. L’enquête promptement menée conclut à un suicide. Personne ne croit cette version. Et le Canard  Enchaîné de titrer aussitôt : « Stavisky s’est suicidé d’un coup de révolver qui lui a été tiré à bout portant. » Et d’enfoncer  le clou plus ironiquement encore : « Stavisky a été tué d’une balle tirée à trois mètres. Voilà ce que c’est d’avoir le bras long ».

L’affaire fit tant de bruit qu’elle entraîna la chute d’Emile Chautemps.

 Le pouvoir de la troisième République, doté d’un exécutif moins fort que celui de la Cinquième, notre régime actuel, résistait moins aux scandales.

Dieu sait pourtant si la Cinquième République les a collectionnés les scandales et même les horreurs, sans jamais en avoir été fondamentalement ébranlée ! Ce qui prouve qu’elle n’est pas totalement une république puisqu’elle a une part d’ombre trop grande qui échappe au contrôle parlementaire.

 Compréhensible, la constitution de  1958  a été rédigée et mise en pratique par d’anciens résistants, alors acteurs de la Guerre d’Algérie, qui avaient conservé le goût de l’action clandestine et du secret.

Il n’est pas normal pour autant que dès 1960, le gouvernement de la France se soit doté de cabinets noirs où des gens, sans mandat électif, surtout sans scrupule, mais munis  de pouvoirs exorbitants, pouvaient agir en dehors de tout cadre légal, n’ayant à rendre des comptes qu’au seul chef de l’Etat ou à quelques ministres peu regardants. Jusqu’au jour où ils ne  leur en ont plus rendus du tout.

Il n’est pas normal non plus que le pouvoir politique, pour se protéger, monte une police parallèle qui pouvait supplanter, dans les occasions douteuses, la police républicaine. Le fameux S.A.C., Service d’action civique, voulu par de Gaulle. Si des gens honnêtes et sans faille ont dirigé le SAC dans un bon esprit, ils ne pouvaient empêcher les recrutements dangereux de militants fanatiques, de  membres venus de la pègre ou des milieux extrémistes. Ils ne pouvaient non plus éviter des successeurs plus durs ou plus sulfureux. Rapidement ce sont ces derniers  qui ont pris la mauvaise habitude d’expédier la sale besogne.

Rien d’étonnant dès lors, que chaque fois qu’une bulle nauséabonde crevait en surface, on n’y retrouve mêlés, de près ou de loin, soit les hommes de l’ombre, soit l’organisation du SAC, ou les deux à la fois.

Sans aller jusqu’à développer l’affaire Ben Barka, jamais élucidée, j’énumèrerai quelques drames ou crimes de sang qui ont agité un pouvoir qui se voulait fort et hautain sans s’apercevoir que la corruption le minait à  l’intérieur.

Le  24 décembre 1976 Jean de Broglie ancien ministre des affaires étrangères sort de chez son conseiller fiscal. Une voiture surgit, des coups de feu claquent. L’homme s’écroule. Les policiers de la protection rapprochée signalés présents lors de l’attentat par un témoin, s’effacent mystérieusement.  On a parlé de financement occulte de campagne électorale venu de Jordanie et de chez Bongo, de malversations diverses. Le ministre de l’intérieur de l’époque monte au créneau pour inventer une histoire et désigner un coupable qui sera condamné puis disculpé. Confusion. Le crime reste à ce jour  impuni. Aucune enquête sérieuse n’est plus possible, le dossier étant classé «  secret défense ».

En  1979 Robert Boulin est ministre du travail. C’est un homme de grande probité. Pourtant plusieurs lettres anonymes parviennent à divers journaux pour dénoncer l’acquisition "frauduleuse" d’un terrain. Minute attaque le premier. Boulin réplique. Il sortira des dossiers compromettants contre les corbeaux. Le 30 octobre, on retrouve son corps dans 50 cm d’eau à 8 h10 du matin alors que les plus hautes autorités de l’Etat sont, d’après de nombreux témoignages, au courant du décès depuis 1 h ou 2h du matin. Enquête bâclée, faussée, brouillonne. Malgré des marques évidentes de violences, des suspicions de lutte, la conclusion est sans appel. C’est un suicide. Personne, surtout pas la famille, ne le croit.

Le   1° Février 1980, la victoire de la gauche se dessine. Les maîtres vont changer. Coïncidence ou pas, Joseph Fontanet ancien Ministre de l’Education Nationale, d’obédience centriste, est abattu par les occupants d’une voiture alors qu’il sort d’une réunion. Les auteurs du crime n’ont jamais été retrouvés. Un détenu s’est bien vanté d’avoir fait le coup. Mais bizarrement, il s’est suicidé avant que la police ait pu l’entendre.

Enfin, le dernier crime, le plus terrible, le plus révoltant.

Le  18 Juillet 1981, le nouveau pouvoir est installé. Que risque-t-il de découvrir de si grave ?

Un commando de cinq à six malfrats du SAC attaque en plein jour la Bastide près d’Auriol, où réside Pierre Massié responsable local du SAC suspecté de sympathie avec la gauche.

Les six occupants, dont un enfant de sept ans, sont exécutés sauvagement. Détail horrible, l’enfant est tué à coups de tisonnier. Des documents sont volés. L’enquête diligentée trouve vite cette fois.

« On nous a dit qu’il s’agissait de l’exécution d’un ordre venu d’un niveau supérieur. »

Les assassins ont avoué leurs crimes mais sont restés muets sur le « on », comme sur « le niveau supérieur ».

On ne saura jamais, à quel intérêt « supérieur », cinq innocents ont été sacrifiés.

Quant à la gauche, elle a dissout le SAC. Cela ne l’a pourtant pas empêchée de tomber dans le piège du Rainbowarior.

Qu’elle soit de droite ou de gauche, le sang sur les mains, fait la République des mains sales.

A notre corps défendant, on en préfèrerait presque, si l’on était sûrs qu’il ne soit bon qu’à ça, un  Président qui se «  tape  la cloche » au Fouquet’s.

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