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10 mars 2010

La mathématique des ânes.

Considérer qu’il y a trop de fonctionnaires peut paraître un point de vue  acceptable.

Considérer qu’il y a trop de fonctionnaires dans certains secteurs bien précis me semble un point de vue intelligent.

Considérer qu’il y a trop de fonctionnaires dans tous les services publics à la fois, me paraît un point de vue d’une bêtise insigne.

C’est pourtant ce dernier point de vue qu’a adopté notre gouvernement. Ainsi dans tous les services publics sans distinction, sur deux fonctionnaires qui partent à la retraite, un seul est remplacé. C’est la mathématique, la mathématique des ânes qui ne savent pas faire de règle de trois et ignorent les pourcentages et le mot priorité. Et encore, en écrivant cela, je ne suis pas gentil pour les ânes qui sont des animaux plus sensés qu’il n’y paraît.

Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que cette politique sarkozyste est, plus  que les privatisations, une menace rampante, absolue, contre l’ensemble du Service Public. Une fois qu’on aura saigné ses effectifs, qu’on l’aura bien affaibli, il sera facile de démontrer son incompétence, voire son inutilité et de tout diriger insensiblement vers le privé : un privé gratuit pour l’Etat, mais nettement hors de prix pour le citoyen modeste.

C’est ce qu’on appelle un transfert de charge. C’est ce qu’on appelle creuser les inégalités entre les gens qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas.

Et demain, s’il est encore là, ce qu’à bon électeur ne plaise, comme il s’est étonné de la disparition de nos industries, Sarkozy s’étonnera que les pauvres n’aient plus les moyens de se soigner.

Ce n’est pas en dialoguant avec les élus UMP (c’est vrai qu’ils se font rares chez nous, dans l’Aude) qui trouveront toujours la bonne formule pour vous prouver le contraire, qu’on pourra constater les méfaits de cette politique, mais c’est, comme toujours, en ouvrant les yeux sur le terrain.

Hier, à la suite à d’une mauvaise chute, j’ai dû me rendre aux urgences de l’hôpital Antoine Gayraud à Carcassonne. Salle d’attente bondée de gens rendus nerveux par une attente sans fin, couloir bordé de chariots où des grabataires patientent dans l’angoisse du temps qui passe à la vitesse de l’escargot. Un monsieur qui accompagne un fils qui claudique sur ses béquilles, tourne en rond d’un air furieux. Finalement il explose :

« Ça fait cinq heures qu’on attend. Ici, c’est n’importe quoi ! »

A la réception, on a l’habitude, l’employée baisse la tête sans répondre. Alors, il prend sûrement ce silence résigné pour du mépris, et, au comble de la fureur, il saisit  son fils par le bras et s’en va en claquant la porte.

Discrètement  dans mon coin, je repère un feuillet au tableau d’affichage. Je lis : « Appel citoyen, pétition contre la suppression d’un poste d’aide soignante dans le service. »  Suit une longue série de noms, d’adresses et de signatures. Encore une pétition qui soulage, mais qui, probablement, face à la mathématique des ânes, ne pèsera pas lourd.

 Comment expliquer à ce monsieur écœuré qui a lancé à l’encontre du personnel de service « ici, c’est n’importe quoi ! », que c’est surtout n’importe quoi, à l’Elysée ?

 

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