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06 mars 2010

Dans quel état...j'erre ?

Florence Aubenas est une journaliste qui n’a pas froid aux yeux. Estimant que pour parler d’une réalité, il faut la vivre, elle s’est inscrite (quasi anonymement, bien qu’ayant conservé son nom) au chômage, puis elle s’est lancée, par l’intermédiaire du fameux pôle emploi, dans le parcours du combattant qu’est la recherche d’un emploi. La galère !

Heureusement, elle a la plume légère, Florence. Elle a l’art très féminin de nous parler avec humour, simplement, sans passion, de ce qui, dans notre société, est à vomir.

 Alors qu’à l’Elysée et à Matignon les hommes d’Etat rêvent, ce livre* nous montre que la  France patauge. Toujours cette dichotomie insensée entre la théorie et la réalité.

Le Pôle Emploi ! Voilà une belle réforme…sur le papier. L’intention était louable. On a voulu réunir, pour plus d’efficacité, deux services complémentaires : Les ASSEDIC  et les Agences pour l’emploi.

Résultat des courses, c’est un épouvantable merdier dans lequel les pauvres chômeurs sont enlisés avec d’ailleurs les malheureux employés du Pôle Emploi qui de leur côté sont soumis à la pression.

C’était très bien sur le papier, c’est une honte dans les faits. Si toutes les réformes de l’état sarkozyste sont de la même trempe, il y a du souci à se faire. On va bientôt se trouver dans un champ de ruine.

Le décor du pôle emploi est strict, les services sont séparés par des bat-flancs qui n’arrivent pas au plafond ce qui fait qu’on entend ce qui se dit chez le voisin.

Les nouvelles agences ont été implantées suivant des zones géographiques  qui ne correspondent pas aux anciennes, par conséquent de nombreux dossiers d’indemnisation sont en rade ou carrément perdus.

Le personnel est recruté avec une tendance à  privilégier les formations commerciales, plus que les formations sociales. Ça pue le libéralisme, mais c’est mieux pour «  la rentabilité ». Rentabilité, le mot à la mode, depuis qu’un certain candidat a lancé « travailler plus pour gagner plus ». Amen !

Les personnels du «  popôle », fraîchement recrutés et formés ( 6 jours, quand ça presse !) sont envoyés aussitôt en première ligne, dans la mêlée. Qu’ils se débrouillent ! Tant pis s’ils sont noyés sous les dossiers qui s’accumulent (entre 200 et 300 par agent) et s’ils croulent sous les retards de paiement.

L’organisation du travail est parfaite. Vingt minutes pour expédier un entretien, six minutes pour traiter un appel téléphonique. Un super flic, devant son ordinateur, contrôle chaque poste. Gare si on dépasse le temps imparti ou si on s’attarde trop à la pose devant la machine à café.

Le demandeur d’emploi se présente. Première question :

« Vous avez une voiture ? »

« Non ! »

Ça commence mal. Un chômeur sans véhicule, c’est mauvais.

 Pas de voiture, pas de diplôme, pas de formation, en voilà un qui va finir à la case « chômeur de longue durée ». S’il y en a trop dans une agence, les primes collectives baissent. Rentabilité on vous dit ! Alors on expédie.

« Ça vous dirait un stage…pour composer votre CV, pour apprendre à vous présenter ? »

« Me présenter à qui ? »

« Ne soyez pas pressé ! »

Dans le stage « propreté » la formatrice insiste bien sur le fait qu’il faut veiller à ne laisser aucun poil collé à la cuvette des WC ; c’est poilant ou excitant suivant son degré de libido.

Mais en quelques mois la France a pris 500.000 chômeurs dans le buffet ( ne vous inquiétez pas, c'est la faute à la crise). Les agences sont débordées, les queues sont interminables, ça gueule dans tous les coins. Qu’à cela ne tienne, le privé tend les bras. Par ici le pot de confiture. C’est 1600 Euros par dossier traité (heureusement payés en deux fois : on respire !) les bons dossiers, pas ceux qui sont difficiles et qu’on renvoie.

"Voyons les agences d'intérim! tiens! deux heures de ménage à Pantin, quatre heures à Arpajon. Ah! mais vous n'avez pas de voiture!"

Voilà une belle « réfooorme ! ».  Pas besoin de mettre des talonnettes pour un pareil résultat.

Heureusement que Florence est là, qui a commencé à dénoncer tout ça, et la télé du service public a suivi. Florence, je t’embrasse ! Ton livre m’a fait rire dans les passages où j’avais envie de pleurer.

 

*Le quai de Ouistreham, Florence Aubenas.  Editions de l’Olivier.

 

 

 

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