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03 février 2010

La gamelle.

Lorsqu’on était trouffion, qu’on s’ennuyait à la caserne, la plaisanterie la plus commune consistait à placer en équilibre au-dessus d’une porte entrouverte une gamelle pleine d’eau à ras-bord. Le premier qui poussait la porte ou mieux, le naïf qu’on attirait, recevait une douche  froide propre à lui éclaircir les idées. D’où l’expression prendre une gamelle.

La direction parisienne du PS, avec l’affaire Frêche, ne pourra éviter la gamelle, une gamelle pourtant annoncée, prévue, pour les quarante têtes d’enclumes qui ont voté la mort de Ganelon le traître, qui persistent et qui signent. C’est la suite logique du combat des grands et petits chefs trop heureux de  conclure un armistice sur le dos d’autrui. Haro sur le baudet !

On sent bien qu’un parti n’est toujours pas prêt à gouverner, à son manque de réalisme, à son impossibilité à prendre de la hauteur, à sa mesquinerie de salon. Comme il y a « un pont aux ânes » en mathématiques, il y a une impuissance intellectuelle qui afflige les responsables nationaux du PS représentés par une majorité d’éléphants. Comme chacun sait, si les éléphants ont de grandes oreilles, ils sont néanmoins affligés de myopie. Ils entendent, mais ne voient rien autour d’eux. Ils ne franchiront jamais l’obstacle de l’élection nationale. Réparer les trottoirs, goudronner les rues de la cité, entretenir les départementales, en soi, n’a rien de déshonorant ; mais on dirait qu'ils n'ont que ça pour ambition.

Mais attention ! Si le dernier cathare est mort depuis longtemps,  le Pays Cathare lui, garde toujours son indépendance d’esprit et sa capacité de révolte. On ne dira pas impunément aux barons socialistes de la rue Solferino à propos des socialistes rebelles du Midi : «Allez-y ! Tuez-les tous, Jaurès reconnaîtra les siens.»

Car les élus de gauche de la région Languedoc Roussillon, par delà leur indépendance d’esprit, ont aussi de la mémoire. Ils se souviennent du Président de droite, Jacques Blanc qui, pendant plusieurs décennies les a mis au pain sec pour les subventions alors qu’il saupoudrait généreusement ses amis. Ils se souviennent surtout que M. Blanc, appuyé et cautionné par la droite unanime qui se pinçait le nez, n’a pas hésité, à deux reprises, à faire alliance et à gouverner même, avec le Front National, à l’époque où celui-ci était le plus virulent et le plus dangereux.

C’est Frêche qui, inlassablement, a mené le combat contre la droite, avant de l’emporter voici six ans et de changer dès lors certaines méthodes archaïques. Qu’il ait des torts, qu’il ait commis des erreurs, qu’il se soit bêtement laissé emporter par son tempérament, nul ne songe à le contester. Le vieux lutteur mérite-t-il pour autant la mise à mort dans l’arène ?

Ça «roumègue dans le Midi ». Une colère sourde monte. Ne rira pas le dernier, qui recevra la gamelle. Certains en silence, la préparent déjà. Il y a gros à parier qu’au mois de mars, c’est Martine qui poussera la porte, que la région reste à Frêche ou, comme on peut le craindre, bascule une nouvelle fois à droite.

 

 

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