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27 janvier 2010

Gens de la lune.

«  La lune était sereine et jouait sur les flots… »

Ce premier vers d’un célèbre poème de Victor Hugo, est d’une grande beauté. Il est fluide, musical, comme de l’eau de source. Il évoque bien les reflets mouvants de la lune sur les vagues. Oui, il est très beau, ce vers, mais il ne veut rien dire.

C’est normal, la poésie n’est pas faite pour la raison, elle est faite pour le cœur. Et comme dit un autre poète pourtant inventeur entre autres de la première machine à calculer et de la presse hydraulique*: «  le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

Je me suis refusé à écouter la prestation du Président de la République contrairement à bon nombre de Français qui semblent croire encore au miracle d’une transformation. Je ne le regrette point, considérant que les deux heures passées à faire autre chose, n’étaient que temps mieux employé.

Pourquoi, me direz-vous, cette position de caractère sectaire ? Après tout, avant de critiquer quelqu’un, la moindre des choses est de l’écouter ! Oui, mais on ne peut critiquer que ce qui a été dit, pas les non-dits qu’on pouvait craindre.

Le malheur, voyez-vous, c’est que Nicolas Sarkozy ne s’exprime pas en prose, il s’exprime en vers. C’est un poète peut-être, même un « rime… ailleurs », c'est-à-dire le genre du barde  d’Astérix qui déclamerait des vers sur une autre planète. Résultat après deux heures d’antenne, si on peut toujours le critiquer sur la forme, il ne peut être question de le critiquer sur le fonds, puisque le Président, comme je le redoutais, n’a passé son temps qu’à aligner des mots qui sonnaient bien dans la boîte à musique, qui sonnaient bien, mais ne voulaient rien dire. Il n’y a qu’en cette France-ci qu’on puisse consacrer autant de temps à ne rien dire.

J’observe dans mon quotidien la photo de Sophie, une jeune fermière productrice de lait, belle, solide, colorée par l’air de la campagne,  qui a tenté de ramener le chef de l’Etat à la réalité du terrain par une réplique ( en prose) qui valait son pesant de bon sens :

« Je peux vous apprendre à traire les vaches. »

Que de sous-entendus dans cette phrase ! Comment TF1 a-t-elle pu inviter pareille insolente ?  Elle filtrera mieux, la prochaine fois.

Ne croyez pas qu’en écrivant ces lignes, je sois animé par le mépris. Chez moi, c’est de la tristesse. Une grande tristesse qui tourne à la lassitude.

Jamais, indépendamment de mes divergences idéologiques avec lui, un homme politique ne m’avait autant déçu. De ses prédécesseurs, (que j’aie voté pour eux, ou que j’aie voté contre eux)  j’ai toujours admis qu’ils avaient une certaine idée de la France ou une certaine idée des Français.

En voici un dernier, qui n’aura jamais qu’une certaine idée, mais  de lui-même.

 

*Blaise Pascal.

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