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21 janvier 2010

A quelque chose, malheur leur est bon.

Pleure, Haïti ! Pleure, pauvre pays ! Il a fallu cette épouvantable catastrophe pour qu’on découvre enfin que tu existes par ton peuple, dans ta chair et dans ton sang. Des images crues, des images choc, qui vous tirent les larmes, ont  envahi le monde à travers les écrans de télé.

Plus est forte l’émotion, plus est grande la compassion. En France, on compterait  en moyenne, un don toutes les trois secondes. Les Français ont du cœur, c’est un signe fort de leur « identité nationale ». Ils l’assument, je dirai, avec leurs tripes et sans débat. Même Besson se fend d’un sacrifice dans la sébile de la quête, en annonçant, le menton levé, l’interruption de la reconduite à la frontière des Haïtiens sans papier. Merci pour ce geste généreux, si spontané et sans calcul !

Les moyens humanitaires internationaux convergent vers cette terre de désolation avec les difficultés de coordination que l’on devine. C’est bien et même très bien ! Ne boudons pas notre satisfaction. Il vaut mieux voir converger ces énormes moyens logistiques pour soulager la souffrance que pour la déclencher. Il vaut mieux voir Obama réagir en vingt quatre heures avec l’impressionnante  force  dont il dispose que d’assister à l’incroyable incurie de Bush empêtré dans son propre pays lors des inondations en Nouvelle Orléans. Et quand Nicolas Sarkozy affirme qu’il mobilisera tous les moyens possibles, une fois n’est pas coutume, on l’applaudit.

Mais ne soyons pas naïfs. L’action massive des états, n’est spontanée qu’en apparence. Les arrière-pensées ne sont pas loin. Jamais le réal politique ne cèdera ses droits.

En réalité derrière le malheur des uns, se joue l’influence des autres et derrière les forces humanitaires de paix, la bataille politique fait rage. Déjà d’ailleurs, on  connaît celui qui y a laissé des plumes.

Cette bataille  se joue essentiellement en trois volets : un volet stratégique, un volet hégémonique, un volet économique. Des « ique » à vous donner le hoquet.

Stratégique : L’expérience de Cuba a servi de leçon. Depuis toujours  les Américains  surveillent du coin de l’œil les hommes politiques qui dirigent Haïti. Ils sont même intervenus plusieurs fois soit directement, soit par l’intermédiaire de la C.I.A. pour renverser un indésirable et installer leur candidat à sa place. Peu importe qu’il fût un escroc, peu importe qu’il exploitât la  misère du peuple, du moment que la stabilité du régime était assurée et par delà cette stabilité, la tranquillité des Américains.

Hégémonique : 15000 Marines débarquent sur l’île. Prise de contrôle de l’aéroport. La terre tremble une nouvelle fois, alors on envoie trois mille soldats de plus.  Le pays n’est plus sous perfusion, il est sous tutelle. Au moins, avec tous ces tremblements, les Haïtiens n’attraperont pas la danse de Saint Guy. Foi de tonton macoute, ils resteront sages, ils n’auront pas la mauvaise idée de fomenter une révolution gauchiste.

Volet économique enfin : Il est la cause principale des deux premiers volets. Les destructions sont terribles, donc, disent les bétonneurs américains, le chantier est énorme. A nous le profit de la reconstruction, même si le pays est petit, il peut générer de gros profits. Quiconque viendra d’Europe pour jouer de la truelle, sera immédiatement reconduit  à la frontière. On ne va pas faire venir de France gravier et ciment, ça génèrerait trop de carbone.

C’est ce que Nicolas Sarkozy n’a pas compris, lui qui a foncé tête baissée dans le panneau en proposant une conférence internationale pour la reconstruction d’Haïti. Sans répondre à sa proposition, Obama a gardé la tête froide. En faisant alliance avec le Brésil et le Canada pour coordonner les secours il a gentiment mais fermement écarté Sarkozy. A cynisme, cynisme et demi.

Tout cela peut paraître dérisoire et déplacé eu égard à la souffrance physique et morale d’un peuple. C’est pourtant la dure constatation que l’on peut faire.

La France dans cette affaire fait honneur à sa réputation. On peut  être légitimement fier du travail accompli là-bas par ses équipes, des soins prodigués, des vies sauvées. Tout aurait été tellement mieux si, en évitant encore une rodomontade, notre agité de Président avait su rester à sa place et ne pas monter sur ses ergots pour redorer son plumage.

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