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16 janvier 2010

Sophiste...ou fumiste ?

Peut-être les deux.

L’autre soir, à la télé, Eric Besson était en vedette. A part la maladresse de Vincent Peillon qui met une fois de plus ses petits camarades dans l’embarras, le regretté Philippe Seguin aurait pu répéter à propos de cette émission: « Circulez, ya rien à voir ! »

Certes, certes ! Besson en bon petit soldat avait préparé sa prestation à la virgule près et, pour les chiffres qu’il nous a cités, à la décimale près. On ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir révisé ses thèmes. On voit que son lointain échec à l’entrée à l’ENA lui a servi de leçon.

Quelques bons sentiments, une touche personnelle, une plainte venue du cœur, pour un ministre mal aimé, tout y était. Quiconque est un peu sensible, a dû sortir son mouchoir. L’émotion, ça marche à tous les coups.

J’écris cela sans méchanceté, car on attend d’un ministre non des révélations personnelles au demeurant sympathiques, mais des explications sur sa politique.

Or M. Besson est du genre : « Je parle…donc,  je suis… ». Je suis Républicain (encore heureux !) Je suis un humaniste. Il nous a abreuvés de tous les « je suis » qui pouvaient lui être favorables.

A quoi certains téléspectateurs, c’est sûr, ont dû opposer des : « il est ».  Car entre ce que l’on « est » dans la vie privée et ce que l’on « est » et bien sûr ce que l’on « fait » dans la vie publique, il y a souvent tout un monde. « Il est ambitieux », « il est sans scrupule », « il est politiquement changeant ».

Je ne vous cache pas que j’aurais plutôt tendance à croire les « il est » que les « je suis ».

Car M. Besson a tout prévu, sauf de polir une phrase où se niche un sophisme révélateur de sa mentalité. Sophisme est un mot savant pour désigner une conclusion absurde à partir d’un raisonnement faussement logique.

Dans sa phrase M. Besson explique que l’on peut changer de camp afin de conserver ses valeurs. Ainsi il semble dire que, comme la «  gauche » passait à « droite », lui est passé à « droite » afin de rester à «  gauche ». C’est d’une modestie et d’une finesse incontestables. Donc ce n’est plus le vent qui fait tourner la girouette (pour parodier M. Edgard Faure), mais la girouette de M. Besson qui fait tourner le vent. On n’arrête pas le progrès en politique.

Que M. Besson ne se plaigne pas d’être comparé à des ministres d’une époque peu reluisante avec lesquels, bien entendu, il n’a rien de comparable. Cet amalgame outrancier trouve ses origines dans une blessure faite à la France.

La politique obéit à des lois très dures, mais elle a malgré tout un minimum d’honneur. Tourner le dos à ses idées pour céder à une pulsion d’ambition n’est jamais bien vu. La mémoire collective gardera longtemps le souvenir amer de l’instabilité politique majeure, du revirement hâtif et catastrophique de ces députés et sénateurs de gauche, radicaux et socialistes confondus, qui le 10 juillet 1940 ont voté, sans état d’âme, les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

 

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