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21 décembre 2009

Le plus beau métier du monde.

Trêve de Noël oblige, voici comme l'an dernier, mon humble cadeau. Quoi de plus merveilleux qu'un conte pour nous détacher des réalités de l'année! Rêvons comme les enfants. Il sera toujours tôt de nous réveiller adultes!

                        Joyeux Noël!

 

      Le plus beau métier du monde.

 

Il était sur la planète, voici encore peu de temps, aux confins de la steppe, oublié du monde parce que sans pétrole, sans minerai, sans forêt, sans accès à  la mer, un royaume de quelques kilomètres carrés à peine. Un royaume petit par sa taille, certes, mais non par l'orgueil démesuré de celui qui en avait la charge. Et celui qui en avait la charge était un roitelet haut comme trois pommes,  vaniteux comme un coq, qui se faisait appeler Puissance Quatre premier.

Paradoxalement, Puissance Quatre premier, alors qu'il n'était  encore que Prince héritier, avait fréquenté les meilleures universités du monde et poursuivi de longues et fructueuses études. Bref, comme l'avait voulu Constans XVI son père, le prince avait été préparé  en vue d'exercer une bonne et sage gouvernance.

Seulement voilà! Le malheur avait voulu que, le jour de son couronnement,  la couronne de feu Constans XVI étant trop petite, on avait tellement forcé pour l'enfoncer sur le crane du nouveau roi, que sa tête s'en était trouvée dérangée, tellement dérangée qu'elle en avait perdu tout discernement, toute retenue.

A peine assis sur le trône, la couronne vissée à demeure entre l'occiput et le front, le globe terrestre en ivoire dans sa main droite, le sceptre en or dans sa main gauche, se prenant pour Charles Quint, le nouveau monarque n'eut plus qu'un seul souhait: fonder un empire sur lequel le soleil ne se coucherait jamais.

Derechef, il convoqua son premier chambellan et lui dit sans ambages:

"Premier Chambellan, je veux que tu me donnes la plus puissante armée du monde. Tu as un délai de six mois pour exaucer ce vœu."

"Sire répondit tout de go le premier chambellan. Ce que vous me demandez-là est impossible. Nous pouvons tout au plus mobiliser trois cents hommes, nous ne disposons que de quatre arquebuses et d'une bombarde toute rouillée qui date de Constans 1er fondateur de la dynastie de votre majesté. Et les caisses sont vides."

"Qu'on le pende haut et court, s'écria le jeune roi hors de lui."

Le chambellan fut pendu le soir même.

"Qu'on appelle immédiatement le second chambellan, ordonna le roi."

Le second chambellan n'eut garde de se  faire attendre. Toutefois, instruit par le sort de son prédécesseur, il avait déjà beaucoup réfléchi.

"Second chambellan, dit le roi, je veux que tu me donnes la plus puissante armée du monde. Tu as un délai de six mois pour exaucer ce vœu."

" Sire, répondit le second chambellan avec toute l'assurance dont il était capable, il en sera fait selon vos souhaits. Dans six mois cette armée sera sur pied, à une condition cependant: il faut que les sages-femmes ne sortent du ventre des mères que des mâles. Des mâles qui donneront de bons soldats. Ce n'est pas avec des filles qu'on assure les conquêtes. Malheureusement, pas plus tard qu'hier, une sage-femme, manifestement rebelle à votre majesté, a sorti de la parturiente des triplés, tous trois de même sexe féminin."

Qu'on m'amène cette femme sur l'heure.

"Femme, gronda le roi, j'apprends que tu me trahis tous les jours. Tu transformes, m'a-t-on dit, tous mes garçons en filles, t'opposant en cela à  la constitution de ma grande armée. Pour ta vilenie, je vais de ce pas te faire fouetter en place publique, puis tu seras pendue et ton corps servira de pitance aux corbeaux."

" Sire, objecta la sage-femme sans perdre son sang froid, on  a mal renseigné votre grandeur. Je peux au contraire ne délivrer que des enfants mâles, beaucoup de mâles, toute une armée. Une seule conditions à cela, je dois disposer de quelques rognures d'or de votre couronne."

"Soit! dit le roi, à quoi peut me servir la couronne si je n'ai pas la puissance d'un Empereur".

Aussitôt dit aussitôt fait. Fort habilement la sage-femme se mit à creuser avec son scalpel un sillon vertical dans le précieux métal. Ce sillon fut bientôt si profond que la couronne céda, s'ouvrit comme un ressort, libérant d'un seul coup de son étreinte la tête du jeune monarque qui aussitôt recouvra la raison.

"Femme, qui es-tu et que fais-tu là?  s'étonna-t-il en redevenant lucide."

" Sire dit la sage-femme, je suis celle qui vous a donné le jour. Votre mère étant épuisée, c'est moi la première qui vous ai levé vers la lumière. Ce jour là, j'avais sur mes consœurs, l'immense avantage de savoir que je tenais un futur roi. Si de mes gestes a dépendu votre existence, à l'instant, en fendant votre couronne, en libérant votre raison, je vous ai rendu au monde une deuxième fois."

Le roi ému aux larmes prit la femme dans ses bras, l'embrassa tendrement et commanda que soient données au palais de grandes festivités où tous ses sujets seraient invités.

Quelques jours plus tard Constans XVII signa un décret stipulant que la Fête Nationale  serait consacrée au plus beau métier du monde, celui de sage-femme. Hasard ou complicité du calendrier, le jour de la fête nationale du royaume, coïncidait avec celui de Noël.

 

 

23:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noël, cadeau, trêve

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