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09 décembre 2009

De Lourdes au Téléthon.

La première fois que je me suis rendu à Lourdes, c'était en touriste. Je n'avais pas vingt ans. Ayant assisté au lent défilé des malades en procession vers la Grotte, je me souviens avoir vu défiler devant mes yeux toute la misère, toute la détresse du monde. Tous ceux que la médecine impuissante avait condamnés ou abandonnés, se trouvaient là, dans un étalement de misère parfois insoutenable. Ils se trouvaient là, rassemblés dans le refuge du dernier espoir, tous intensément raccrochés à la foi d'un miracle. Lequel, le doigt de Dieu allait-il désigner, si d'aventure il en désignait un, cette fois?

Moi l'agnostique, et même à cette époque, farouche anticlérical, je me souviens avoir abandonné à Lourdes une bonne partie de mon insouciance, comme si j'avais reçu à la face, tous ces destins meurtris, comme si, en les croisant, j'avais eu l'impression de frôler les morts d'un champ de bataille perdue.

Depuis, même si j'ai parlé de Lourdes et de ses miracles avec légèreté, je n'ai jamais oublié cette concentration de malheurs. Pourquoi donc, si Dieu les avait voulus, se déjugerait-il en reprenant chez un seul de ces êtres, la souffrance qu'il lui avait donnée parfois dès la naissance?

L'autre soir, à la télévision, j'ai regardé et écouté une séquence du Téléthon. Un couple de braves gens est venu, avec des mots simples, dans la dignité, raconter  son désarroi. Il a fallu la santé déclinante du fils aîné pour qu'un test révèle le terrible diagnostic. Les cinq enfants du ménage sont porteurs du gène de la myopathie. Alors année après année, ils sont tombés un à un, comme des épis fauchés, pour se retrouver dépendants, dans un fauteuil roulant, avec pour meilleur souvenir une photo du temps où ils tenaient sur leurs jambes.

La supplique qu'a finalement adressée la mère de cette famille blessée  aux hommes de bonne volonté, tenait de la prière de Lourdes; sauf que cette prière ne s'adressait pas cette fois à une improbable force surnaturelle, mais tout bonnement à ceux qui pouvaient donner. Elle savait d'instinct que celui qui donne conditionne celui qui  cherche, que plus on donne, mieux on cherche.

On pourra toujours ergoter, sur la répartition des fonds, sur les méthodes employées pour capter la générosité des Français, mais rien, si ce n'est la science, ne pourra effacer l'inégalité de conditions causée par la maladie, une injustice d'autant plus inacceptable qu'elle touche en priorité des jeunes gens et des enfants.

Il y a belle lurette qu'on ne compte plus sur les politiques. Tous confondus, au fil de l'histoire, ils ont plus dépensé pour les guerres que pour la santé de leurs administrés. Ils ont fait tuer plus de gens que n'en ont pu sauver Ambroise Paré, Pasteur, Fleming et toutes les sommités médicales de la Planète.

Alors autant donner un impôt du cœur ( même s'il ne dispense pas de l'autre) à ceux qui le méritent. C'est de l'argent dont on est sûr au moins qu'il ne servira pas à acheter un fusil ; et son efficacité, sans aucun doute, sera cent fois supérieure à celle de la taxe carbone.

 

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