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09 novembre 2009

Novembre

                                                                          Aux ordres de quelque sabreur,

Qui exigeait du bout des lèvres,

Qu'ils aillent ouvrir au champ d'horreur

Leurs vingt ans qui n'avaient pu naître.

Ils mouraient tous à pleine peur...

 

A l'approche du 11 novembre, chaque année, je suis saisi d'une indéfinissable tristesse, et me reviennent chaque fois en tête, sur un air lancinant, les admirables vers de la chanson de Jacques Brel : "Pourquoi ont-ils tué Jaurès". Car Jaurès le pacifiste, et donc le gêneur des va-t-en-guerre, fut bien la première victime de ce premier conflit mondial.

Etant né bien après cette sombre période, je me refuse pourtant à la classer dans l'histoire. Elle fait partie de ma mémoire, objectivement, mais surtout sentimentalement.

En novembre le vent emporte les feuilles mortes et pour qu'il n'emporte pas la mémoire des morts, on tâche, en s'inclinant rituellement sur leurs tombes, de se souvenir d'eux. Mais novembre n'est pas seulement le mois où l'on se souvient, c'est aussi l'occasion de refaire les comptes macabres. Vingt six noms inscrits sur le monument de mon petit village. Soit en gros, dix pour cent de sa population à l'époque. Qui aujourd'hui accepterait ce sacrifice fou?

Les erreurs (quand ce n'est pas le vice ou la folie) des politiques , se soldent toujours en millions de cadavres. A la guerre, les hommes meurent plus par addition que par soustraction.  On n'arrête les hostilités que lorsque l'on est las de compter et que le nombre des morts est tel qu'enfin on en a honte.

Huit  millions dans les camps des belligérants de la première guerre mondiale auxquels il faut ajouter le poids de la souffrance de six millions de mutilés, les pleurs des familles, le désarroi des veuves et des orphelins. Voilà le prix du rêve d'un Kaiser. Voilà ce que nous coûte la conception qu'ont du bonheur des peuples, certains esprits dérangés.

Il est largement souhaitable de fêter l'écroulement d'un mur sur lequel venait butter la liberté, de stigmatiser les horreurs des camps nazis; que le 11 novembre 1918 n'en reste pas pour autant une date vide de sentiment dans les manuels d'histoire, comme Bouvines ou Marignan.

 Demandez-vous, belle jeunesse,

Le temps de l'ombre d'un souvenir,

Le temps du souffle d'un soupir,

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Commentaires

Magnifique ! un très beau texte, vraiment touchant.

Écrit par : lacalmette | 09 novembre 2009

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