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25 septembre 2009

Un sentiment "coupable"

Ainsi va le progrès de la transmission de l'image, qu'on peut à la télé, lire sans difficulté, les ombres qui passent sur un visage.

L'autre soir, lors de l'entretien télévisé, chacun a pu constater combien les traits du Président se sont durcis lorsque Laurence Ferrari a posé une question (je suppose attendue) sur l'affaire Clearstream. La voix aussi a changé, plus ferme, plus déterminée. Le rythme de la parole s'est accentué.

Le bouillant Président n'a pu dissimuler toute sa haine de Villepin . A-t-il pourtant intérêt à l'entretenir? Au niveau où il se trouve, un sentiment si fort n'est-il pas un mauvais conseiller capable de le conduire à la perte?

Chacun sait que la vie en politique est dure. C'est  un monde où le mérite compte moins que  la ruse, l'intrigue et la duplicité à éliminer le rival. Il n'y a pas si longtemps, seulement quelques siècles avant, on l'écartait, ce rival, au poignard ou au poison. Même si aujourd'hui la violence est plus feutrée, elle existe encore. On peut le regretter, mais c'est la règle du jeu pour parvenir au pouvoir. Personne ne se fait d'illusion, les hommes politiques ne sont pas des anges et le Président le sait  plus que quiconque.

Qu'on ait voulu empêcher Nicolas Sarkozy, d'une manière ou d'une autre, d'accéder à la fonction suprême, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Comme il ne fait aucun doute que Sarkozy ait œuvré à son tour contre ceux qui pouvaient le gêner.

Cela me fait dire que l'étalement de l'affaire Clearstream, avant d'être un problème de simple justice, passe surtout pour un règlement de comptes personnel.

Mais il n'est jamais bon quand on exerce la plus haute fonction de l'Etat de s'y montrer en homme de passion, si cette passion est à son propre compte. Le peuple français aime avant tout les responsables de mesure. L'image de St Louis rendant la justice sous un chêne n'est pas qu'une image d'Epinal, elle est inscrite dans la conscience collective de notre nation.

La politique de notre Président (puisqu'il est le seul à la conduire) vaut ce qu'elle vaut. On peut ne pas être d'accord, la trouver brouillonne, et reconnaître aussi, qu'il met , à la mener, un certain acharnement. Sur le fond, abstraction faite de ses options, il n'y a rien à redire. Il n'est ni pire, ni meilleur que ses prédécesseurs. Mais sur la forme...alors là tout est à revoir!

Villepin, qui est un homme intelligent, connaît le défaut de la cuirasse de son adversaire. On s'est bien  moqué de sa déclaration grandiloquente et emphatique à l'entrée du procès. En fait, alors que Sarkozy se trouvait en pleine scène internationale, c'était une manière de le provoquer bruyamment.

La tactique a porté ses fruits. Perdant tout contrôle, lors d'un entretien on ne peut plus médiatisé, le Président a commis un lapsus révélateur qui a montré à tous dans quel état d'esprit de vengeance il se trouvait. Parlant de prévenus, il les a traités de "coupables" ce qui est une erreur inadmissible de la part du président du Conseil supérieur de la magistrature ayant, qui plus est, une culture d'avocat.

Villepin ne sortira peut-être pas blanchi de son procès, mais il a réussi à démontrer le sentiment "coupable" d'un adversaire et par là "l'acharnement" dont il est la victime.

C'est indéniablement une victoire politique devant l'opinion, et peut-être devant la magistrature, à mettre à son actif.

 

 

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