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05 septembre 2009

En voiture pour la taxe ! (II)

Organiser l’économie, essentiellement autour et dans la ville, pousser les gens à s’agglutiner, à s’agglomérer, en toute disproportion, créer des banlieues de plus en plus reculées, furent, sous couvert de modernisme, d’élévation du niveau de vie, des erreurs historiques que nous allons payer au prix fort.

Pour satisfaire les besoins de la consommation effrénée, les hauts fourneaux, les usines s’emballèrent, la gueule ouverte, comme des monstres insatiables qui demandaient toujours plus de charbon, de gaz, de pétrole, d’électricité ; L’industrie, ce tyran moderne, a brûlé par les deux bouts la chandelle de notre capital de vie tout en rognant sur l'emploi.

Pendant ce temps, a-t-on abandonné la campagne à son air pur?

On a fait pire, on l’a livrée à l’Europe. Ce fut la deuxième erreur majeure. Tout aurait été parfait si à la tête de cette idée si généreuse et altruiste qu’est l’Europe, on n’avait pas mis des  irresponsables quelquefois des imbéciles dans le genre de celui qui prétendait faire du vin rosé par amalgame de couleurs vin rouge et vin blanc.

Ces techniciens de haut vol, inquiets de toutes les nouvelles bouches à nourrir, ont trouvé immédiatement la panacée : le rendement. Produire…produire encore, toujours plus. Et d’inciter au rendement à coup de primes.

Prime pour planter des pommiers. Quand on a croulé sous les pommes, primes pour arracher les pommiers. Primes pour planter la vigne, primes pour l’arracher. Prime pour le blé dur…etc.

L’agriculture européenne est dirigée à coup de primes en dépit de tout discernement, à tel point que la reine d’Angleterre, propriétaire terrienne, touchait tous les ans un joli pactole, sûrement pour ses rendements.

Le résultat de cette gabegie ne s’est pas fait attendre. La machine destinée à soulager la peine des hommes, les a aussitôt supplantés, précipitant encore plus leur départ. Dans la foulée, est entrée en force la chimie : désherbants, pesticides, fongicides, engrais solubles. Et l’on s’est mis à pomper dans les nappes phréatiques jusqu’à épuisement pour irriguer des sols tassés par les engins lourds.

 Produisez…produisez ! Construisez des serres chauffées en hiver où la délicieuse tomate s’épanouira sans soleil, où la fraise pourra rivaliser avec celle d’Espagne. Et le poulet sans crête, et le cochon sans queue en tire bouchon et la vache, nourrie au beefsteak, qui deviendra folle, et le mouton pris de tremblante! N’en jetez plus dans les cours des préfectures !

Produisez…produisez…produisez ! On croirait entendre la sonnette du diable ayant pris les traits de Garrigou, l’enfant de chœur dans «Les  Trois messes basses » d’Alphonse Daudet.

Tout cela, soyez-en persuadé, a un coût en carbone bien plus important que les pets des vaches qu’on accuse pourtant de tant polluer l’atmosphère.

Mais tout se tient. Il n’y a pas d’effet sans cause, ni de cause sans effet. Ceux qui sont restés ont subi du coup l’allongement des distances.

 Quand on a supprimé l’école, il a fallu organiser le transport scolaire vers le bourg à cinq kilomètres de là, quelquefois (en cas d’absence de cantine), quatre fois par jour. L’écolier ne prend plus le chemin de l’école, il prend le car.

 Quand on a supprimé le bureau de poste, chacun a dû prendre sa voiture pour aller au bourg voisin coller un timbre d’affranchissement. Quand l’épicerie a fermé, il a fallu se résoudre à prendre sa voiture pour faire ses courses au supermarché de la ville. Depuis que l’hôpital de proximité a fermé, l’ambulance devra parcourir ses trente ou quarante kilomètres à condition que le patient atteint d’un infarctus tienne le coup. Au mieux, l’hélicoptère interviendra. Pareil pour un accouchement vers la nouvelle maternité.

 Rien n’est près, désormais, les services se sont éloignés, élastiques comme du chewing-gum. On court donc après les services…en voiture !

Qui est responsable de tout ça ?

Ceux qui ont souhaité façonner la campagne par soustraction, par économie, par confiscation. Aussi bien les gouvernements de droite que ceux quelquefois hélas ! de gauche. Ils se sont acharnés malgré la résistance des élus de proximité, à piller cette citadelle trop prenable, au prétexte d’une bonne gestion. Mais chaque fois qu’ils ont pris une décision de suppression, cette décision a eu un coût en carbone. Nous nageons en pleine schizophrénie.

Je terminerai par cette dernière constatation. L’espace rural, de moins en moins entretenu, est livré, du moins dans les secteurs les plus ingrats, à la végétation sauvage, à la broussaille qui s’assèche au cœur de l’été. Alors une simple allumette se transforme en dévoreuse d’espace, en spectacle d’apocalypse. Bien sûr, le remède est prévu : canadairs, hélicoptères, commencent leur ronde au-dessus des flammes. Quand ils arrêtent leur mission, tout n’est que spectacle de charbon.

Combien d’équivalent carbone cela coûte-t-il, incendie compris ? Les ruraux vont bientôt le savoir car ils vont le payer. Bien sûr au départ, ce sera une timide, une modeste contribution. Quelques années plus tard, l’obole demandée se transformera en charge. Une de plus ! A ce train-là, vivre à la campagne ne sera plus un choix raisonnable, ou une nécessité, mais un luxe que seuls pourront se payer les nouveaux riches, les traders par exemple viendront y installer leurs luxueuses résidences.

Il faut donc s’attendre à terme à un nouvel et irrémédiable exode. Préparez du béton frais !

Par leur manque d’imagination, par la pauvreté de leurs repères, les hommes politiques d’aujourd’hui ne trouvent qu’une seule solution pour réformer nos mœurs, nous faire passer à la caisse. Plutôt que de se casser la tête à nous construire un avenir, à refonder les bases d’une nouvelle économie, à imaginer les communications du futur, à développer les moyens d’internet, ils trouvent plus facile de casser notre tirelire pour nous faire acheter une bonne conduite.

Comme dirait Cyrano de Bergerac : «  C’est un peu court, jeune homme ! »

Autrefois, quand, sur notre cahier de calcul, à la communale, nous faisions une erreur, la claque de l’instituteur précédait souvent la mauvaise note. Ce n’est pas un bataillon, mais une armée de hussards de la République qu’il faudrait ressusciter, pour tant de claques à distribuer.

                                                                                                 Fin

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