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02 septembre 2009

En voiture pour la taxe ! (I)

La voiture n’est qu’un instrument. Elle ne pollue que par les mauvaises décisions des hommes, leurs erreurs, leur incompétence à s’administrer, leur manque de vision de l’avenir.

Depuis déjà de nombreuses décennies toutes les orientations voulues par les hommes, toutes les décisions de leurs gouvernants, valent, plus que nos pots d’échappements, leur pesant de carbone. Le futur qu’ils nous ont tissé maille à maille est un futur de chien. Et pourtant c’est nous, les soumis à la taxe carbone, qui allons payer leurs erreurs. Car les coupables en définitive, c’est nous ; nous qui avons le mauvais goût de rouler en voiture. Eux, les politiques, ne sont bons que pour bomber le torse dans les livres d’histoire, non pour réparer leurs erreurs ou nettoyer les écuries d’Augias.

La première erreur a été de croire, à partir des années soixante, que l’argent seul, faisait le bonheur. Même si l’argent contribue au bonheur, lorsqu’on le choisit comme seul critère, comme seul but dans la vie, l’argent détruit plus qu’il ne construit. On l’a vu avec les acteurs-responsables de la crise qui ont fini par pourrir notre société jusqu’à la moelle, à un point tel, que même la droite s’en offusque.

 A partir des années Pompidou, la logique de protection sociale du Front Populaire et du premier gouvernement d’après guerre de de Gaulle, a cédé la place à une logique d’enrichissement. Les gueules noires, c’était fini, vive les sous-chefs de bureau ! On a seriné à longueur de publicité, a longueur de discours, à longueur de débats : Venez en ville, soyez ambitieux, enrichissez-vous. L’argent, le confort, c’est le bonheur. S’ouvrait alors devant les jeunes ménages, l’ère du Formica et de la voiture Dauphine bien lustrée. La réussite sociale ne se mesurait plus qu’à la grosseur de sa bagnole.

En conséquence, une concentration de population sans précédent s’opérait vers la ville et tandis qu’on coulait des milliers de mètres cubes de béton pour loger tout ce monde dans des cages à lapins, qu’on lui allongeait le bitume des infrastructures routières pour assurer son alimentation et faire en sorte qu’il puisse aller prendre l’air tous les weekends à la campagne, les villages se vidaient. On eut très vite l’impression qu’il ne resterait dans les fermes que les demeurés, tant on ne jurait que par la nouvelle économie, cette dévoreuse d’énergie. Mais la ville est triste malgré ses lustres. On vit alors s’organiser, à coup de pleins d’essence, une nouvelle transhumance, avec flux et reflux au gré des saisons. La mer, la montagne, la nostalgie de l’étable où les vieux tenaient encore leurs vaches.

Combien d’équivalent carbone par tonne de béton ? Combien d’équivalent carbone par kilomètre d’autoroute ? Combien d’équivalent pétrole perdu dans les bouchons ? Personne ne s’est jamais posé la question. C’est mon grand-père, un vieux paysan quasi illettré, qui au coin de l’âtre, à sa façon, se la posait plusieurs fois par jour en lui apportant aussitôt une réponse:

« Avec toutes ces saloperies qu’ils balancent dans l’air, vous verrez qu’ils vont finir par détraquer le temps. »

Oui voilà, il avait tout juste fréquenté la communale, il ignorait l’ENA. Il croyait, le pauvre, qu’avec  l’intelligence se développait aussi le bon sens.

Il faudra bien pourtant qu’un jour on le sorte enfin du placard, ce fameux bon sens et que des hommes courageux n’en aient pas honte. C’est une vertu qui nous vient de loin et qui est certainement à la base de la survie et du développement de l’humanité face à l’hostilité des autres espèces.

 Montaigne en plein seizième siècle affirmait : « Je préfère une tête bien faite, qu’une tête bien pleine. »

Combien de têtes bien pleines avons-nous choisies pour conduire le troupeau, mais qui n’étaient pas forcément bien faites !

                                                                                                             (A suivre)

 

 

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