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30 juin 2009

Le rossignol brisé.

Je relève une phrase de l’une de mes nouvelles : « une chance sur un milliard »p 25 : « Les empreintes du Diable sur les mauvais chemins » (voir sur Google pour lire l’extrait).

Ce n’est pas parce qu’elle est de « ma plume » que je la cite, mais parce qu’elle  me paraît illustrer le drame d’un chanteur mort tragiquement dans le bel âge :

« Il y a souvent, sous l’opulence, des déchéances qu’on ne voit pas, mais qui sont pires que celles qu’on trouve sous les ponts. »

Michael Jackson était célèbre à 11ans. En quelques années sa renommée fut planétaire. Il est pratiquement le seul artiste qui a su cristalliser plusieurs générations de jeunes, par-delà les frontières des pays, les barrières des langues, les différences de races, de mœurs, de conditions.

Une voix fluette d’adolescent, un corps souple comme une anguille, qui se tortille, se déhanche, virevolte et pirouette  à un rythme d’enfer dans une mise en scène pharaonique.

Des centaines de millions de disques vendus et soudain, brutalement, l’opulence énorme, monstrueuse, inhumaine. Oui, inhumaine pour un enfant sorti de la misère. Ce n’est pas une vague d’argent qui déferle sur lui, mais un tsunami.

Et puis pour l’enfant des ghettos, jusque là être sans consistance et sans destin, l’impression soudain de marcher dans les nuages, d’être une idole, d’être un dieu aux pieds duquel on se prosterne et qui peut tout d’un simple claquement de doigt.

Avec celà toute une cour de faux amis, de conseillers avides, intéressés par les miettes du festin ; un commerce, un aréopage mercantile, autant de parasites qui s’incrustent comme des sangsues pour pomper leur part.

Comment un artiste, qui comme tous les artistes, est déjà mal assuré, mal équilibré, maladivement sensible, peut-il résister au choc ?

Pris par un tourbillon démesuré, Jackson est devenu lui-même démesure.

Un public toujours plus exigeant, passionné, grouillant, envahissant, lui  a façonné une bulle dorée qui l’a isolé, coupé du réel, et finalement enfermé dans un paradis artificiel qu’il a dû à tout moment réinventer.

Et quand on est à cours d’invention, on a recours à la fée vénéneuse qui invente à votre place.

Le pauvre rossignol s’est brûlé les ailes. Il ne s’est pas tué. C’est le système qui l’a tué.

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