« Pourquoi viens-tu si tard ? | Page d'accueil | Le fusible »

23 mars 2008

Il faut que la flamme vacille.

Etant donné ce que la Chine fait subir aux Tibétains, doit-on aller participer aux prochains jeux olympiques?

La question s'était déjà posée en 1936 alors que Hitler était au pouvoir. L'esprit olympique avait finalement triomphé de la barbarie naissante, sans toutefois changer le cours de l'histoire, en battant en brèche la propagande du Reich. Hitler, qui avait voulu profiter de l'occasion pour démontrer la supériorité de la race blanche, reçut cette fois là sa première gifle. Ce fut le festival des athlètes noirs; en particulier de Jesse Owens vainqueur du 100m (devant un Allemand), du 200m, du saut en longueur et qui battit en équipe le record du monde du 4X100.

Aujourd'hui les enjeux sont différents. Les intérêts économiques sont tels qu'aucune nation en vue ne prendra le risque de se mettre à dos les dirigeants chinois. La position de notre ministre des affaires étrangères, qu'on a connu jadis plus engagé pour la bonne cause, est à cet égard significative et Georges Bush montre sa complaisance en faisant savoir qu'il se rendra à Pékin.

Dans le concert des nations, la cause est donc entendue et ce n'est pas quelques défilés de militants convaincus qui changeront le cours des choses. Il ne faut plus se faire d'illusion sur ce début de siècle, ce ne sont plus les nobles idées qui comptent, mais le commerce qui engendre le profit. La société est à l'image de nous, consommateurs de tous poils.

Comment donc aller là-bas sans perdre son âme? A mon avis en jouant sur la situation inconfortable des Chinois. Leurs dirigeants comptent sur la grande manifestation sportive pour renvoyer au monde l'image positive d'une nation moderne en pleine expansion. Ils savent aussi que des gens influents du sport, de la politique, de l'économie, de la presse, vont converger vers eux. Parmi ces derniers, ils se trouvera bien (espérons-le) quelques bonnes volontés capables d'aller de l'autre côté du miroir pour montrer à la face du monde l'envers du décor. Rien n'empêche non plus le vainqueur sur son podium d'adresser un signe fort aux victimes de l'oppression.

Qu'on ne nous présente pas seulement la belle vitrine du conte de fée, mais qu'on mette au grand jour aussi les arrières boutiques moins prestigieuses. Appuyer le doigt sur un point douloureux peut aider au diagnostic de la maladie. C'est hélas! le seul domaine du possible. Si nous ne pouvons rien changer au cours de l'histoire ni au destins des opprimés, faisons comme Jesse Owen: sauvons au moins notre dignité.