« Un projet sorti du chapeau. | Page d'accueil | Grande i libre »
19 février 2008
Philosophie et politique
"La guerre, c' est une chose trop grave pour qu'on la confie à des militaires."
Je reprendrai cette boutade de Georges Clémenceau pour la parodier à propos de la politique:
"La politique est une chose trop grave pour qu'on la confie à des politiciens" Sauf que pour moi, cette dernière phrase n'est pas une boutade.
On a beau lire tous les livres d'histoire récente, quels qu'en soient leurs auteurs, on aboutit toujours à la même conclusion: chaque fois que les politiques ont voulu construire une société, suivant leur seule vision, ce fut un désastre.
Hitler voulait une société à son image, Staline, à l'opposé voulait la sienne. Pour bâtir chacun son modèle en étant persuadé qu'il était le meilleur pour les hommes, ils n'ont fait appel ni à l'intelligence, ni à la concertation, ni au libre-arbître, ni au valeurs universelles, ils ont utilisé tous les deux la force brutale. Résultat, leurs deux systèmes pourtant antagonistes sur le fond (mais non sur la forme) se sont rejoints dans l'échec, sur des montagnes de cadavres.
On ne fait pas progresser l'humanité avec des fusils mais avec de grandes idées, avec des utopies, sans se préoccuper en général des pesanteurs sociologiques. Et ça, même s'il n'est que théorique, c'est le travail des grands écrivains, des grands penseurs, des grands philosophes! Les valeurs fondamentales de notre République dont nous jouissons aujourd'hui nous ont été données par les philosophes des Lumières. Les hommes politiques inspirés n'ont fait (et c'est beaucoup!) que les appliquer. Il est édifiant que ce ne soit pas Jean Jaurès , pourtant grande conscience, qui ait écrit "J'accuse", mais Zola à qui les politiques vouèrent tant de haine. Chacun son rôle, les grands penseurs sont les premiers gardiens du temple.
Victor Hugo , bien qu'il ait été député, ne déroge pas à la règle. S'il est monté à la tribune, ce n'est pas avec des intentions électoralistes, mais pour provoquer en lançant des idées qu'il savait en avance sur son époque: séparation de l'Eglise et de l'Etat, instruction gratuite et obligatoire, suppression de la peine de mort, Société des nations etc... Il y avait de quoi faire hurler une chambre ultra conservatrice. On sait que tout se termina par la brouille avec "Napoléon le petit" et par l'exil dont il ne voulut pas revenir (malgré l'amnistie) tant que l'empereur serait en place.
Aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'on est allé chercher Edgar Morin que l'on me fera croire que nous avons de grands intellectuels de cette trempe, capables de nous montrer la route. J'en vois quelques uns qui, se prenant pour tels, viennent pérorer à la télévision sans être bien convaincants. Il n'est pas étonnant que tout le monde patine. Nous n'avons pas de pétrole, nous n'avons pas d'idées non plus.
Sans vouloir faire un parallèle avec les exemples que je citais plus haut (ce qui serait non seulement déplacé, mais monstrueux) je note cependant une fâcheuse dérive des pratiques politiques à s'occuper à nouveau de ce qui ne les regarde pas:
L'amorce d'une nouvelle civilisation, les convictions laïques ou religieuses, la culture du souvenir etc...
Donnez aux petits Français les moyens d'apprendre à lire, ils auront toute leur vie pour cultiver le souvenir dans les livres d'histoire. Il est là, votre boulot!
Quand à ceux qui douteraient de la capacité des Français, toutes opinions confondues, à défendre leurs valeurs, laïques ou religieuses, progressistes ou conservatrices, qu'ils se collent à Antenne2 (interdit aux moins de dix ans! M. le Président!) ils pourront se faire une opinion sans qu'on ait besoin de leur seriner ( à mon avis scandaleusement) les sentiments intimes d'un gosse de seize ans qui sait qu'il va mourir dans quelques heures.
01:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : valeurs, souvenir, Hugo, Philosophie, politique


