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14 février 2008

La putain

Pour illustrer ma note précédente, je vous propose, en toute modestie, cette poésie:



La Putain.

Le jour s'en va comme un voleur,

La rue s'éteint, se met en berne,

La ville triste et sa rumeur

Se concentrent sous la lanterne.

Douce, furtive, une ombre du soir,

Dont on voit bien qu'elle est humaine,

Comme un fantôme de trottoir

Glisse, hésite, puis se traîne.

C'est une fille du sabbat,

Née de Sodome et Gomorrhe,

Dont les bruyants ébats

Se prolongent jusqu'à l'aurore.

Cri donc de tous les gens de bien

Que ces tristes amours dérangent:

"Arrêtez-moi cette putain!

Que la police s'en arrange."

Et Colombine sans Pierrot,

Honte de leurs nuits blanches,

Se retrouve au cachot

Sans pouvoir jouer des hanches.

Qui ramassera sur la grève

Ce bel ange du désir,

Venu de l'Est pour vivre un rêve,

Que notre Eldorado s'acharne à flétrir?

Toi! la belle bourgeoise,

La Joconde pincée,

Qui lui cherche des noises

D'un oeil si courroucé?

Ou toi, la Pénélope,

Qui brandis la loi?

Ne seriez-vous pas plus salopes

Que la fille de joie?

Les trois couleurs de notre France

Flottent aussi pour la putain.

En dépit de sa déchéance

Elle reste encore un être humain.

C.F.