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29 janvier 2008

Editeurs ou crocodiles

Editeurs ou crocodiles (deuxième partie)


Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, l'industrie du livre est florissante; c'est seulement la littérature qui est en grand danger.

Avec ses quatre cents millions d'exemplaires vendus par an et ses trois milliards d'euros de chiffre d'affaire, le secteur est suffisamment juteux pour attirer des industriels ou des hommes d'affaires qui n'ont rien à voir avec l'édition.

Depuis mille neuf cent soixante et dix, avec une accélération dans les années quatre-vingts et quatre-vingt dix, l'affaire a été rondement menée.

Le groupe Editis, ex-Vivendi, ex-Havas a racheté de par le monde quarante trois maisons d'édition dont Nathan, Bordas, Larousse, Plon, Robert Laffont etc...

Le groupe Lagardère a racheté vingt six maisons d'édition dont Fayard, Grasset, Le livre de Poche, Stock, Calman-Lévy etc...

Enfin Gallimard, que je mets à part, parce que lui, est le seul vrai spécialiste de l'édition de prestige, a absorbé entre autre Denoël.

Que viennent donc faire dans cette aventure des spécialistes du traitement de l'eau ou des ordures ménagères, des industriels de l'aéronautique ou de l'armement? Ils viennent faire du profit. Pour eux le livre n'est plus essentiellement une oeuvre d'art, mais un objet de consommation qui rapporte au même tître qu'un tube de dentifrice.

Vous comprenez pourquoi, en préambule, j'ai signalé que la littérature était en grand danger. Quand on donne la primeur à la valeur marchande avant toute valeur d'écriture, on peut s'attendre au pire.

Je n'ai pas l'intention, bien sûr, de dénigrer les oeuvres contemporaines qui finissent par voir le jour ni leurs auteurs qui tiennent le haut du pavé et dont certains sont de grand talent, mais je veux signaler une dérive particulièrement pernicieuse, celle du livre formaté: le best-seller.

Le best-seller est au livre, ce que "le tube " est à la chanson. Quand on voulait faire "un tube de l'été" on prenait quelques mots forts: soleil, mer, plage, vacances, fille jolie, amour...on assaisonnait tout cela à la sauce musicale et on obtenait le succès. C'est ce que j'appelle "formater". Un best-seller n'est pas construit autrement.

Si la chanson est parvenue à faire la part des genres grâce à Brassens, Brel, Barbara, Juliette, Nougaro et autres talents nombreux, la littérature, me semble-t-il, peine à trouver ses poids lourds sans parler des jeunes talents qui auront de plus en plus de mal à se faire reconnaître...

( à suivre)

28 janvier 2008

Editeurs ou crocodiles.

Editeurs ou crocodiles (première partie)


Le monde de l'édition est victime du succès d'une mode, mais surtout, des "forces" de l'argent:

Succès d'une mode:

De plus en plus de Français ont l'ambition (légitime) d'écrire un ouvrage: roman, poésie, mémoires, tous les genres sont bons. Cela me paraît être le signe d'une bonne santé et, du point de vue intellectuel, me semble assez réconfortant. Bien sûr il y a ceux qui rêvent secrètement du succès littéraire et donc de faire fortune; ils finiront un jour par déchanter. Alors laissons les rêver encore un peu...Puis il y a les gens comme moi qui, pour meubler leurs loisirs, ont choisi de s'adonner à une activité passionnante qui enrichit l'esprit.

Mais à la sortie, au total, cela fait beaucoup de manuscrits (on dit maintenent tapuscrit) qui souhaitent se transformer en beaux livres. Un petit éditeur avoue en recevoir en moyenne cinq cents par mois. Quand on sait l'investissement qu'il doit consentir à ses risques et périls, on comprend qu'il n'en retienne qu'un sur mille, même si les autres sont bien écrits. Les éditeurs submergés par cette masse de littérature ne répondent plus aux sollicitations ou renvoient les tapucrits (moyennant paiement des frais de port) sans les lire. Les recalés, parfois de qualité, vont donc grossir l'imposante masse des déçus pris dans un goulet d'étranglement. Il y a là un immense gâchis d'efforts, de qualités intellectuelles, de talents. Dans des conditions pareilles, Françoise Sagan aurait-elle pu percer?

"Forces de l'argent"

Mais certains, qui se réclament de la profession, sont moins clairs et moins regardants que les éditeurs sérieux. Eux ne refusent aucun tapuscrit. Quelques jours après l'envoi de son ouvrage, l'auteur reçoit une belle lettre l'informant que "le comité de lecture" a bien voulu donner avis favorable à sa diffusion. Seule ombre pour l'heureux promu, le contrat qui lui est proposé stipule qu'il doit verser une participation ( pour composition de maquette) de deux à quatre mille euros...seulement. Le naïf qui se laisse prendre à cette manoeuvre peut dire adieu à son argent: retour sur investissement, zéro! Seul le pseudo éditeur a fait son beurre. Le livre sortira, naturellement (cinquante exemplaires à tout casser) mais sans la logistique commerciale qu'on a fait miroiter.

J'ai le souvenir d'un brave homme quidédicaçait son bouquin à la porte d'un espace culturel de supermaché. Il avait "casqué" le pauvre, mais son éditeur ne lui avait pas encore envoyé le nombre d'exemplaires promis pour le jour du lancement. Il avait dû puiser dans le contingent de livres qu'il avait acheté et que, malgré "la ristourne", il avait payé deux fois.

(à suivre)

22:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Editions

26 janvier 2008

Une fille de la diversité.

Rachida Dati


Elle supporte de nombreux sarcasme. Un humoriste dit d'elle: "Elle a des dents qui rayent le parquet" tandis que Bedos ajoute perfidement " dans certaines circonstances particulières, ces filles font des copeaux."

Rachida Dati est venue de la diversité. Elle occupe aujourd'hui un ministère important. Ce que la gauche la plus bête n'a pas su faire, la droite ( non pas la plus intelligente, mais la plus fûtée) l'a fait.

Rachida ne se pose pas trop de questions existentielles, on lui a confié une mission, elle fonce. C'est la marque des jeunes ambitieux.

Cette fille me plaît, non pour ce qu'elle fait, mais pour ce qu'elle est. Le visage, plutôt ingrat, est sauvé par un regard noir, d'une profondeur troublante, d'une étrange beauté, qui traduit un feu intérieur. Aujourdhui elle accepte le rôle de commis, mais demain...demain, on en reparlera. Attendez seulement qu'elle construise ses assises.

Elle a paraît-il frappé à la porte du Parti Socialiste. A-t-on seulement répondu à cette intellectuelle pressée qui voulait tout, sans passer par la case des colleurs d'affiches? L'a-t-on seulement remarquée? Alors elle est allée en face, comme bien d'autres, proposer ses services. Là, on ne l'a pas laissé partir.

Dans un parti dirigé par les ambitieux, il n'y a pas de place pour de nouvelles ambitions. C'est comme ça qu'on s'étiole, qu'on meurt, qu'on disparaît. Les principaux barons qui jusque là ont participé à la direction du parti nous ont montré que, plus que leurs convictions, c'est leur ambition qui comptait.

Bien du temps passera avant que le PS retrouve son âme, si tant est qu'il la retrouve un jour.

Rachida, Rama, Fadela...l'habileté de Sarkozy est de s'abriter derrière des gens que la gauche n'a pas su utiliser pour masquer sa politique ultralibérale. Dans un désert politique, cela lui donne bien quelques encablures d'avance sur l'opposition laminée et déboussolée qui a oublié de se moderniser en acceptant du sang nouveau..

Le retour d'une étoile

Je vais avoir soixante-dix ans: l'âge du crépuscule; l'âge ou les projets d'avenir se diluent dans l'incertitude et où seuls résistent, dans le sillage d'une vie, une cohorte de souvenirs.

Que faire de ces matins frileux, de ces soirées maussades qui, si l'on n'y prend garde peuvent vous conduire au naufrage? Continuer à vivre ne me suffit pas. Et si je me traçais au loin un nouvel horizon avec au dessus une brillante étoile vers laquelle aller?

On n'atteint jamais une étoile, mais il est bon de la regarder car elle n'est pas seulement le point de repère d'un navigateur, mais elle peut être aussi le départ d'une espérance.

Quand j'avais dix sept ans j'ai dit à mon père:"Je veux être écrivain!". Mon père, qui était un paysan de bon sens avec les bonnes bases du certificat d'études primaires, m'a regardé, un sourire dubitatif sur les lèvres. Sans doute songeait-t-il à Victor Hugo, son favori, son idole, et conscient de la médiocrité de mes résultats scolaires, se remémorait-il le fameux vers de Ruy Blas:"un ver de terre, amoureux d'une étoile".

Je n'ai donc pas été écrivain. Je suis entré dans l'enseignement presque banalement, puis je me suis dispersé dans la politique pendant trente ans.

Pourtant un soir, elle est revenue, mon étoile, sans que j'aie eu besoin de la solliciter. D'abord pâle et diaphane, timide et hésitante, elle a fini par s'installer, puis à croître en intensité lumineuse de jour en jour.

Alors je me suis dit:" à mon âge, le ridicule n'aura pas le temps de me rattraper" et mes mains se sont mise à courir sur le clavier pour traduire mes rêves. Malhabiles, elles n'arrivaient plus à suivre, car ils surgissaient en bataillons serrés, se bousculaient, se disputaient la première place, comme s'ils attendaient, contenus derrière une digue, depuis mes dix sept ans.

Le fruit mûr est tombé de mon arbre: un roman:"Sur le chemin de Bételgeuse"

Bételgeuse! c'est tout simplement l'étoile la plus brillante de la constellation d'Orion.

C. F.

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