02 septembre 2010
Maudite indifférence!
Récemment, dans l'un de mes précédents blogs, j’ai mis l’accent sur la stupidité qui consiste à supprimer, sans discernement, de manière systématique, un poste de fonctionnaire lors de deux départs à la retraite.
Il ne semble pas que ce procédé émeuve grand monde. Or c’est là l’organisation de notre décadence dont naturellement les plus pauvres vont pâtir. Car le service public est d’abord conçu pour le bénéfice de ceux qui n’ont pas les moyens de se payer le « privé ».
Aujourd’hui les Français ne semblent pas se rendre compte que les mesures générales décidées en haut lieu, ont déjà, ou auront à terme, des répercussions inéluctables dans la vie quotidienne. Quand on démolit le toit, il pleut dans toutes les pièces de la maison.
Les parents d’élèves qui manifestent contre la suppression d’une école dans leur village ou dans leur quartier, qui fustigent le rectorat au motif de la nomination tardive d’un maître, sont souvent les mêmes à râler contre la grève des enseignants qui les dérange. Ils ne voient que la paille alors que la poutre arrive droit sur eux.
Le ministère ne s’en cache plus. Après les coupes sombres déjà opérées, on parle encore de plus de quatre vingt mille postes à supprimer avant l’horizon 2012. C’est un scandale qui devrait jeter les gens, tous unis dans la rue, pour la défense de l’Ecole Publique. Mais l’apathie collective est telle qu’elle laisse les coudées franches au pouvoir.
Pourquoi se gêner dès lors. Après s’en être pris à la quantité, voilà que ce dernier s’en prend à la qualité.
Ses études terminées, un jeune professeur bénéficiait d’une année supplémentaire consacrée à l’apprentissage du contact avec les élèves et des rudiments pédagogiques. Un tuteur chevronné l'encadrait, lui prodiguant conseils et savoir faire dans la conduite d’une classe. Trop cher !
Désormais le jeune est livré en pâture à ses élèves. Qu’il se débrouille. Et pour qu’il s’endurcisse plus vite, on l’envoie dans un collège sensible ou personne ne veut aller. Mon professeur chez les pauvres.
Personne ne dit mot du côté des parents lorsque le ministre annonce fièrement la création de quatre journées pédagogiques qui remplaceront selon lui l’année de formation supprimée.
Il n’y a pas que la foi religieuse qui est en crise. La foi politique du citoyen est aussi tombée au plus bas. Il est vrai que les partis politiques à l’exercice du pouvoir et singulièrement ceux de gauche, en ne respectant pas leur contrat, en s’éloignant de leurs valeurs, ont contribué à cette déchéance républicaine.
Hier (pardon pour cette note personnelle) un ami antiquaire m’a fait cadeau d’un document où figure la signature authentique du Président du Conseil de l’époque (l’équivalent de notre premier ministre) : Léon Blum.
Je ne suis pas graphologue, mais j’ai été frappé par cette signature longue et fine, d’une écriture d’écolier, qui commence par le prénom : léon écrit humblement avec un « L » minuscule comme si ce grand intellectuel éprouvait de la timidité à griffonner sous la signature grandiose du Président de la République Albert Lebrun.
C’était le temps des foules enthousiastes, des passions, des sincérités, où l’on n’aurait pas toléré que restent en poste un ministre de l’intérieur condamné, même si c’est en première instance, un ministre du travail pris en délit de grave mensonge et un ministre de L’Education Nationale venu chanter les louanges d’une institution qu’il s’emploie à démolir.
Autre temps me direz-vous ? Mais est-on obligé de passer à l’ère moderne en abandonnant les valeurs qui font l’essence même de la démocratie ?
Maudite indifférence, qui risque de coûter plus cher, aux nouvelles générations, que le remboursement de la dette publique !
22:49 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fonctionnaire, grève, école publique, professeur, postes
29 août 2010
Un accord ... de lassitude.
L’annonce d’un accord entre la mairie de Paris et Chirac, au sujet des emplois fictifs, a déclenché une bronca aux journées de La Rochelle, de la part de socialistes hostiles à cette entente.
Fallait-il laisser Chirac courir le risque d’une lourde sanction pénale qui pouvait l’amener à connaître la prison ?
Il y a déjà longtemps que l’ancien président de la République slalome entre les obstacles judiciaires dont certains sont autrement plus graves que le dernier qui lui restait à passer. De l’art pur d’équilibriste.
Je suis de ceux qui pensent pourtant que le Maire de Paris a eu raison d’accepter la transaction. Frapper Chirac et la machine UMP ex RPR au portefeuille est la meilleure et plus sûre façon d’obtenir réparation d’un préjudice financier et finalement d’obtenir la justice qui jusque là s’est dérobée.
C’est de guerre lasse ou, plus prosaïquement, « un tiens vaut mieux que deux tu auras ».
L’institution judiciaire qui a tant protégé Chirac en égarant ses dossiers présumés délictueux dans les arcanes procéduriers, comme le fleuve se perd dans les sables du désert, ne risquait-elle pas une dernière fois de lui sauver la mise ? Le jeu n’en valait pas la chandelle.
Alors me rétorqueront les puristes, tu rentres dans le système d’une justice à deux vitesses ?
Suivant que vous serez puissants ou misérables…Pour le vol d’une mobylette tu vas en prison, si tu reconnais avoir détourné des millions tu restes dans ton fauteuil.
Pour ce qui concerne le Président de la République, c’est nous tous, citoyens de bonne foi, qui lui avons créé ce système.
Il ne fallait pas en 1958, se prononcer pour une constitution qui nous a obligés tous les sept ans,(depuis peu tous les cinq ans) à élire un roitelet dont les pouvoirs, compte tenu de l’évolution des temps, des mentalités, des technologies, sont plus étendus que ceux dont disposait Louis XIV.
Jospin et quelques –uns de ses amis ont manqué l’occasion de lui rogner les ailes en inversant le tour des élections (législatives d’abord, présidentielles ensuite).
Nous voici désormais encombrés, après chaque élection, d’un citoyen hors d’atteinte, au-dessus des lois, au-dessus même de tout soupçon. La preuve, si l’Amérique a pu obliger un président à démissionner, chez nous c’est impossible.
En France le pouvoir est à ce point personnalisé que, du Président en place nous devons non seulement subir la politique mais également ses traits de caractère, ses humeurs, ses foucades, ses excès, et malheureusement ses maladies, dans l’impuissance totale.
Après d’aussi fortes personnalités que de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, dans une moindre mesure de Giscard, que nous avons subies ou aimées, nous voici, en pleine décadence institutionnelle, contraints d’essuyer les plâtres de manœuvres douteuses de l’ancien titulaire de l’Elysée et d’avoir à déplorer (pourquoi éviter la trivialité) les cacas nerveux que nous fait tous les matins le nouveau titulaire.
L’homme, quel qu’il soit, se glisse dans la fonction et, sans freins ni contrôles, s’y comporte comme un coucou. C’est un moindre mal, s’il sait prendre de la hauteur, c’est lamentable s’il se contente d’évoluer au ras des pâquerettes.
17:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mairie de paris, chirac, accord, socialistes
26 août 2010
Ils sont de plus en plus légion...
La Légion d’Honneur est une distinction républicaine qu’on ne demande pas. Elle est attribuée, selon un contingent, aux uns comme un sucre d’orge dont on récompense les enfants, aux autres, plus sérieusement, à cause de leurs mérites réels ou d’un service rendu à la collectivité, voire à l’humanité.
Le vice, dans cette remise solennelle de médaille, c’est qu’on ne peut distinguer ceux qui la méritent au plus haut point, de ceux qui la reçoivent telle une breloque, par pure influence, quand ce n’est pas par trafic d’influence.
On comprend donc que certaines personnes, par esprit d’indépendance, ne lui accordent aucun crédit, aucune valeur, et ne se sentent pas concernés lorsqu’on la leur propose.
Nul ne sera étonné que Georges Brassens, Léo Ferré, jean Ferrat, l’aient refusée, sans tambour ni trompette, en anarchistes bougons qu’ils étaient.
Par idéologie, par pureté intellectuelle, Albert Camus (qui faillit refuser le Prix Nobel de littérature), Jean Paul Sartre (qui lui, l’a refusé), Pierre et Marie Curie, le poète Aragon, ont eu la même démarche.
D’autres, comme récemment deux journalistes, ne l’ont pas acceptée par honnêteté, pour ne rien devoir au pouvoir et continuer à garder leur indépendance vis-à-vis de lui.
Depuis quelques temps pourtant, il y a une nouvelle catégorie de refus significatifs, comme si les récipiendaires, au lieu de se sentir honorés, se sentaient rabaissés d’être distingués par un pouvoir qu’ils méprisent. Spectaculaires, ces refus prennent l’allure de solennelles protestations morales.
C’est très révélateur du climat délétère qui règne au gouvernement et de l’estime que celui-ci inspire à certaines hautes consciences.
Sans parler du Père Arthur qui vient de renvoyer sa croix (pas de jeux de mot) de l’Ordre National du Mérite, il y a le cas du docteur anesthésiste A. Marie Gouvet, médecin humanitaire engagée, qui refuse d’entrer dans la Légion ou plus cruel encore, celui du philosophe Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France, qui assortit son refus d’une lettre adressée à son ministre de tutelle : « Il ne peut être question en aucun cas pour moi, d’accepter la distinction qui m’est proposée… encore moins d’un gouvernement comme celui auquel vous appartenez… »
J’en conviens, refuser une décoration n’exige pas un grand courage, mais ce sursaut de dignité pourrait servir de leçon tout de même à certains ministres qui, en pleine polémique au sujet des Roms, sortent du Conseil hebdomadaire, le front buté, comme des bœufs qui vont à l’abreuvoir sous l’aiguillon du maître.
Comme aurait dit Montaigne : « Politique sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
18:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, légion d'honneur, décoration, ministre de tutelle, protestation, refus, politique



